« A toutes les grands-mères…»

Pourriez-vous laisser vos filles ou belles-filles qui allaitent tranquilles ? Pourriez-vous leur donner un magnifique cadeau : votre CONFIANCE ? Pourriez-vous ainsi offrir à votre petit-enfant le meilleur « engrais » qui soit pour débuter sa vie en beauté : le lait de leur Maman ?

Oui je sais. En vous interpelant de cette manière je mets chacune de vous dans le même sac. Je suis bien consciente que la généralisation est la porte ouverte au jugement et, par là mainsbebeadultemême, à la bêtise. Seulement, je vois tellement de situations ubuesques, d’informations totalement fausses voire néfastes transmises par les grands-mères, qu’il y a des moments où je sens la moutarde me monter au nez. Je ne peux m’empêcher de pousser un cri d’alerte avec, toujours sous-jacent à mes propos, le souhait qu’il y ait d’avantage d’informations validées qui circulent. Notamment par votre bouche.

Vous rendez-vous compte de l’importance de votre place auprès de vos enfants et petits-enfants ? Parfois modèle à suivre, d’autre fois exemple à fuir… mais toujours de l’importance. Toujours une place centrale. Alors merci de l’utiliser à bon escient.

Vous n’avez jamais allaité ? Hé bien INFORMEZ-VOUS avant de dire n’importe quoi ! ! ! Qu’était-ce l’autre jour déjà ? Ha oui : « Je vais allaiter jusqu’à 3 mois – Bon très bien, c’est ce dont vous avez envie, donc c’est bien. C’est parce que vous allez reprendre le travail et ça vous fait peur de continuer ? – Heu… non. On m’a dit qu’à partir de 3 mois le lait n’était plus bon, que c’était de l’eau. – ! ? ! ? Alors ce « on » vous a dit totalement n’importe quoi, le lait ne se transforme pas soudainement en eau, le lait maternel est adapté à votre bébé pendant très longtemps, même quand il est diversifié – En fait c’est ma mère. – Gloups… » ou bien encore « Tu veux allaiter ? Mais comment mon fils va pouvoir donner le biberon alors ? » (je rappelle que le biberon n’est pas une obligation et que Papa peut faire plein d’autres choses avec bébé : câlins, portage, jeux, bains, etc.).
Lisez ! Partagez vos lectures ou gardez les pour vous si c’est mieux. Participez à des rencontres sur l’allaitement, seule ou en compagnie de votre fille ou belle-fille si vos relations sont positives : votre présence à ce genre de réunions me semble on ne peut plus légitime !

Vous avez allaité ? Souvenez-vous de ce que vous avez alors ressenti. Parfois cela vous apparaît si loin. Le temps enjolive souvent les choses et vous avez peut-être l’impression que c’était beaucoup plus facile pour vous, « qu’elle devrait faire ci ou ça pour que ça aille mieux, qu’elle se complique bien la vie… ». L’allaitement peut aussi être pour vous un très mauvais souvenir, et vous avez envie d’intervenir en disant « à quoi bon ? Le bibi c’est tout aussi bien ». Votre histoire vous appartient. Rappelez-vous, l’allaitement, c’est comme les enfants : il n’y en a pas un qui se suit et qui se ressemble. Alors écoutez, accueillez, encouragez, proposez des interlocuteurs « neutres » (pour ma propre famille, je donne les coordonnées de mes collègues : trop d’émotion, trop d’affect pour que les paroles dites soient justes et reçues sereinement.) N’hésitez pas, pourquoi pas, à vous « remettre dans le bain » en faisant comme les grands-mères qui n’y connaissent rien : lire, rencontrer, partager…

Me relisant, je me trouve très directive et pleine d’injonctions : désolée, ne voyez pas mes points d’exclamations comme des ordres et des « il faut / tu dois », mais plus comme de l’enthousiasme que je souhaite communicatif. Et des pistes à suivre ou pas. A vous de voir.

Pour conclure, j’invite chacune d’entre vous à devenir la reine de l’intendance (même si ce n’est pas votre fort, seulement de manière très ponctuelle ;-)). Ménage, linge, courses, petits plats mitonnés ou en direct du rayon congélation, peu importe… Bref, tout ce qui constitue le quotidien et devient si pesant quand on découvre une nouvelle vie à 3 ou plus. Bien sûr, cela semble ingrat, peu valorisant, mais vous n’imaginez pas combien cela contribue à la construction d’un lien toujours plus fort entre vos enfants, petits-enfants et vous : je repense, toujours émue, à la présence de ma propre maman lors de la naissance de mes enfants. Elle a été là où il était juste qu’elle soit.

J’ose espérer, que quand mon tour viendra, j’apprendrai aussi à trouver ma place.

Je continue à rêver.

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« Ce sont MES seins ! »

Ni ceux de bébé, ni ceux de mon conjoint, ni ceux de qui que ce soit d’autre d’ailleurs, les MIENS, à moi toute seule !

Oui l’allaitement, tout comme la maternité et l’accouchement, nous invite à vivre notre corps de manière inédite. Parfois, il peut être difficile d’être autant sollicitée (rappelons qu’il est normal qu’un nourrisson tète 8 à 12 fois par 24 heures) ; d’autres fois, on est émerveillée par ses capacités incroyables ; parfois encore, se réveillent de vieilles blessures plus ou moins profondément enfouies, qui touchent à notre intégrité corporelle…

Autant de femmes différentes, autant de façons différentes d’être en lien avec son corps. Si l’on rajoute à cela la vision de « l’extérieur », des « gens », des « autres », de la « société », sur nos propres seins et l’utilisation que l’on en fait, on n’a pas fini de s’interroger sur ce qui est « bien » ou non de faire avec eux !

nueL’autre jour, j’ai accompagnée dans son allaitement une jeune femme qui avait beaucoup de mal pour allaiter partout. Il fallait que le moment de la tétée soit entouré d’un « rituel », de la mise en place « d’écrans » entre elle et l’entourage pour qu’elle se sente à l’aise même chez ses propres parents, plus encore dans sa belle-famille ou chez ses amis, ne parlons évidemment pas de lieux publics. Son bébé avait 3 mois.
J’ai toujours trouvé cette difficulté étonnante tant, dans mon ressenti à moi, le fait d’allaiter était un acte quotidien que je réalisais avec un naturel évident (pour information, personne, absolument personne, n’avait jamais allaité autour de moi, dans une famille pourtant fort nombreuse 😉 ). Etonnante aussi parce nombreux sont les seins que l’on voit en liberté sur la plage, ou « au balcon » de maintes mannequins et autres people, sans que cela ne pose souci à qui que ce soit. Etonnante encore, parce cela traduit, à mon sens, mais je peux me tromper dans mon interprétation, comme une honte, une gêne à utiliser ses seins dans leur fonction nourricière ; comme si tout de suite le regard des autres se posait sur notre intimité sexuelle, comme si nous faisions ainsi preuve de pornographie.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas pour moi de « brandir » ses seins à tout bout de champ, je me suis déjà exprimée sur le sujet et je reste convaincue qu’allaiter partout, de manière discrète fait beaucoup plus en faveur de l’allaitement, qu’un exhibitionnisme militant.

Bien sûr, nous ne pouvons dissocier nos seins de ce que nous avons pu vivre avec notre corps, de notre histoire intime, personnelle, voire sexuelle. En ce qu’elle a eu de positif comme de négatif. Et si justement l’allaitement nous permettait d’avancer dans une nouvelle découverte de notre corps et de nous réapproprier la totalité de ses aptitudes ?Certes aussi, tout un passif culturel (judéo-chrétien ou autre), sépare résolument la procréation du plaisir de la sexualité, comme s’il fallait se détourner de l’un pour mieux vivre l’autre, comme si l’un et l’autre étaient totalement incompatibles. Mère ou putain il n’y aurait aucune alternative ! Et bien non, nous avons eu la chance de naître femme (oui j’en suis convaincue ! ) et d’avoir ainsi à notre disposition une large palette de potentialités.

Au risque de choquer, j’aime à dire que nos seins sont « multifonctions », comme nous le sommes nous-mêmes en tant que mère et amante, et que c’est une grande richesse d’avoir ainsi autant de possibilités qui s’ouvrent à nous.

Alors, Messieurs, qui « voulez retrouver « vos » seins (heu, non désolée, ce sont ceux de votre femme) pour vous tout seul» (remarque que je trouve fort infantile et déplacée mais malheureusement déjà entendue), Mesdames, qui n’osez voir votre corps comme une merveille de la nature, échangez, discutez ensemble, interrogez-vous dans votre fort intérieur : et si je vivais mon (notre ;)) allaitement différemment ? Et si je changeais mon regard ? Et si je décidais de ne plus prêter attention à celui des autres et me plongeais dans celui de mon bébé ? Un cheminement qui peut se faire petit à petit et qui, je le pense sincèrement, vaut le détour. Pour que peu à peu tous, chacun de nous, « les gens », « les autres », changent eux aussi leur vision d’un sein nourrissant un tout-petit. Pour que peu à peu chaque femme, qu’elle allaite ou non, renoue avec une féminité totale qui n’exclut aucune facette.

Je continue à rêver.

 

Fais pas ci, fais pas ça !

Quelques jours ou semaines de repos passés en famille ou entre amis : l’occasion rêvée de découvrir des manières de vivre parfois diamétralement opposées aux nôtres. On en revient « reboostés », dégoûtés, épuisés ou simplement heureux de retrouver son propre cocon, ses propres repères. C’est aussi l’occasion de confrontations entre les générations, entre les « avec enfants » et les « sans enfant », les systèmes éducatifs « stricts » ou plus souples … pas toujours facile à vivre pour tous ces moments là…

Faispasci

Me vient alors à l’esprit toutes les remarques que doivent essuyer les toutes jeunes mamans de la part de leur entourage, voire de parfaits inconnus.

Avez-vous remarqué que dès que l’on tombe enceinte on tombe également dans le « domaine public » ? Les uns et les autres se permettent de nous faire des remarques sur tous nos actes de la vie quotidienne : notre alimentation,  le moindre de nos gestes, notre façon de nous comporter, sont susceptibles de commentaires et de diktats péremptoires (« Tu ne devrais pas manger ça » ; « Quoi tu bois une goutte de champagne, tu es inconsciente » ; « Arrête de te donner comme ça pour ton boulot » ; « Tu es folle, tu n’as pas arrêté TOUTES les cigarettes ?»*) jusqu’à venir même poser sa main sur notre ventre rebondi (non mais ! Cela vous viendrait à l’idée de faire ce geste incongru sur une jeune femme au ventre tout plat ?).

Comme je parle ici d’allaitement, évidemment j’ai une pensée émue vers toutes ces femmes allaitantes de nourrissons qui entendent à longueur de vacances des affirmations bien trempées, prenant leur source dans une ignorance totale de ce qu’est l’allaitement maternel. Une petite liste non exhaustive de telles déclarations :

  • en période de fortes chaleurs, « Tu dois lui donner de l’eau, il va se déshydrater » ; «Il mange encore ? » ; « Il faut que tu boives beaucoup d’eau pour avoir du lait »; (Rapidement : le lait maternel est composé à 98% d’eau … Quand il fait chaud tout le monde boit souvent, même les bébés ! Le lait se fabrique à partir du sang pas à partir de l’eau que l’on boit, souvent on peut avoir davantage soif, il est donc important de répondre à ses besoins, ni plus, ni moins.)
  • « Arrête de lui proposer tout le temps le sein, il va devenir capricieux et prendre de mauvaises habitudes » ; « Donne lui une tétine, c’est bien mieux pour lui et pour toi » (A noter : un nourrisson tète, en moyenne, 8 à 12 fois par 24h ce qui est le meilleur moyen de bien lancer une lactation ; un tout petit peut confondre son besoin de succion et son besoin de s’alimenter, la tétine est donc à manier avec précaution au tout début.)

J’en passe et des meilleures… Si la maman a déjà vécu une expérience d’allaitement positive, elle sera, parfois, suffisamment sûre d’elle pour ne pas écouter ces propos. S’il s’agit de son premier bébé, elle aura tellement peur de mal faire qu’ils peuvent avoir un impact dévastateur sur sa confiance et sur son allaitement.

Alors jeunes mamans, n’hésitez pas : armez-vous d’un compagnon qui vous soutient à 200 %, d’un groupe de soutien de mères à mères, d’une « bible pratique allaitement » à laquelle vous vous référez en priorité (cf les livres de Véronique Darmangeat ou de Marie Thirion) voire aussi d’une consultante en lactation IBCLC ,et laissez glisser sur vous tout ce que les « autres » disent sur votre allaitement.

Maintenant que vous voici de retour chez vous, soufflez un grand coup, et faites exactement ce qu’il vous semble juste de faire : proposez le sein aux signes d’éveil, câlinez votre petit autant que vous le souhaitez, mangez ce qui vous fait plaisir, retrouvez votre rythme à vous. C’est vous qui savez en priorité ce qui est bon pour bébé, d’autant plus que vous avez pris le temps de vous informer bien avant que les autres ne vous disent ce que vous devriez faire.

Bonne reprise à tous !

*Attention, je n’encourage absolument pas à boire de l’alcool et fumer en étant enceinte ou en allaitant : il me semble seulement juste de voir en toute femme, enceinte ou non, une personne responsable, capable de prendre ses décisions en pleine conscience, sans avoir besoin de chaperons d’aucune sorte.