« Mon bébé s’est sevré tout seul. »

N’avez-vous jamais entendu cette phrase ? Quelle affirmation étrange ! Comment un bébé pourrait-il se sevrer tout seul ? C’est à dire se priver de lui même de sa source naturelle d’alimentation et de réconfort ?

Il me semble tout d’abord important de rappeler ce qu’est le sevrage. On peut dire qu’il en existe deux sortes : le sevrage induit, c’est la mère qui décide de débuter un sevrage pour des raisons qui lui sont propres ; le sevrage naturel, c’est l’enfant qui peu à peu se désintéresse du sein pour finir par ne plus le prendre du tout. Ce dernier sevrage peut débuter aux alentours du 1er anniversaire de l’enfant et parfois « s’étaler » jusqu’à ses 4, 5, 6 ans… (Oui je sais, cela peut ne pas « convenir » aux personnes qui me lisent. Un autre article ici sur l’allaitement de bambins) Quoiqu’il en soit, en aucun cas ces sevrages ne se font « du jour au lendemain », de manière soudaine.

gaelle&erwen_05Csite2016 - copieJe vais ensuite employer un mot que vous n’avez peut-être jamais vu associé à l’allaitement : la « grève ». Pardon ? Ok je suis Française et on accuse souvent les Français de faire la grève pour un oui ou un non. Alors, vous pensez que je suis en plein délire là ? Même pas. Un bébé qui, du jour au lendemain, refuse de téter ne se sèvre pas tout seul. Il fait la grève. La grève de tétée.

Parfois on saura pourquoi : un changement notable dans ses habitudes, une tension familiale importante, un geste médical maladroit ou intrusif, une maladie qui couve ou des dents qui se font sentir, un biberon introduit, etc… Bébé traduit l’inconfort qu’il ressent par l’un des rares moyens de communication qu’il a en sa possession : le refus. Cette grève peut durer de quelques heures à quelques jours.

D’autres fois, on ne comprendra pas, on ne trouvera aucune cause à ce refus net et inattendu.

Certaines mamans peuvent être satisfaites de cet arrêt soudain, car il correspond vraiment à leur envie d’induire un sevrage. Cela arrive au bon moment pour elles et j’ai envie de dire tant mieux si cela leur convient. Il n’en reste pas moins vrai qu’il est faux de dire que leur bébé « s’est sevré tout seul ». Même s’il ne montre aucun signe apparent de mal-être. Parmi ces femmes, il peut aussi arriver que cette phrase « toute faite » soit leur façon de cacher de manière désinvolte, en accord avec notre société totalement non-soutenante à l’allaitement, la fêlure que le refus de leur bébé aura créée en elles : elles ne savent pas qu’il ne s’agit définitivement pas d’un sevrage ; elles croient que c’est « normal ».

Pour d’autres femmes, cela pourra être très ouvertement difficile, voire douloureux, à vivre. Un sentiment immense de rejet, de tristesse, d’impuissance pourra les envahir. Et ce quel que soit l’âge de l’enfant. Bien entendu, plus le bébé sera petit plus l’inquiétude sera vive : il est vital que le nourrisson s’alimente d’une manière ou d’une autre. Toutefois, même lorsque la grève concerne un enfant plus grand, la mère pourra vivre une détresse profonde. Aggravée souvent par le fait que l’entourage ne comprend pas, ne soutient pas, n’a aucune empathie pour elle : « il veut arrêter de téter, il veut arrêter et puis c’est tout ; tu ne vas pas l’allaiter jusqu’à 18 ans quand même ! » Alors, elle se sent seule, incomprise et inutile. Sauf si elle arrive à trouver une épaule accueillante, des oreilles compatissantes, qui vont l’accompagner et l’aider à vivre cette difficulté au mieux : une amie allaitante et informée, une animatrice d’association de soutien de mères à mères, une consultante en lactation IBCLC, un professionnel de santé véritablement formé à l’allaitement bref, une personne ressource qui lui dira de maintenir et stimuler sa lactation (notamment si le bébé est exclusivement allaité), de faire le plus possible de câlins à son petit, d’éviter le biberon pour lui donner son lait, de continuer toujours et encore à lui proposer le sein, sans imposer et mettre de pression, de choisir leur coin favori de tétée pour ces propositions, de proposer le sein de nuit quand bébé est dans un demi-sommeil, ou bien encore dans un bain commun… Les aider à ne pas perdre espoir et à mettre toutes les chances de leur côté pour que l’allaitement puisse reprendre dans des jours meilleurs…

Savoir que l’allaitement ne s’arrête pas brutalement du fait de l’enfant, que l’on peut traverser ce genre de situation et qu’il peut y avoir des pistes pour trouver une solution : c’est un petit pas de plus vers davantage d’autonomie, vers davantage de liberté pour vivre l’allaitement que chacune souhaite vivre.

Je continue à rêver qu’un jour les choses puissent changer…

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Avoir peur ou non de la confusion sein/tétine ?

Quand le bébé allaité semble plus attiré par le biberon, voire, refuse le sein, certaines personnes évoquent la possibilité de cette fameuse « confusion sein-tétine ». Ce qui sous-entend donc qu’il ne faut JAMAIS proposer un biberon à un bébé allaité de peur qu’il refuse ensuite le sein.

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Photo illustrant un article de LLL France sur le refus de téter

Pour ma part, je n’aime d’abord pas le mot « confusion ». Nos bébés sont loin d’être idiots et ils ne se trompent pas si facilement que cela (si l’on cherche le sens de confusion sur internet, on va tomber pêle-mêle sur les mots désordre, honte, défaut de clarté, destruction, mélanger…). Au contraire, ils sont même tellement futés qu’ils vont choisir ce qui sera le plus confortable pour eux. S’ils ont du mal à être efficaces dans leurs tétés (pour des raisons qui peuvent être extrêmement variées : naissance avant terme, même minime, ou « mouvementée », effets d’un anesthésiant, freins de langue et/ou de lèvres, etc.) ils vont donc préférer ce qui sera le plus agréable pour eux : cela peut être le biberon. A l’inverse, si le lait leur parvient à profusion par le sein de maman et qu’ils ont du mal à gérer cette grande générosité, ils peuvent aussi préférer l’afflux plus « tranquille » du biberon. Vous l’aurez compris, j’emploierai plus volontiers le terme « préférence tétine-sein ».

Maintenant, est-ce une réalité ? Est-il vrai que des bébés vont avoir ce comportement et est-il vrai qu’un seul biberon peut interférer avec un allaitement serein ? Bon nombre de professionnels de santé disent que cela n’existe pas. Bon nombre de mères affirment l’inverse. Qui croire ? Mes propos n’engagent bien sûr que moi, puisque je dirai que tout le monde a raison. Trop facile, et même démagogique (promis je ne me présente à aucune élection 😉 ) puisque je ne me mets ainsi personne à dos ! Si on pouvait arrêter de faire des généralisations, notamment en matière d’allaitement maternel, je serais au paradis : chaque bébé est unique, chaque femme est unique. Tout va donc dépendre de la manière qu’ils auront chacun d’inter-agir ensemble. Et également de la manière dont sera donné le biberon.

Il est indéniable que la succion au sein et celle au biberon n’ont rien de commun : la première fait intervenir plus d’une vingtaines de muscles, la second juste les lèvres et un peu la langue ; la première demande à ce que la bouche soit grande ouverte, la seconde peut être effective même avec des lèvres presque serrées. Des bébés vont passer sans aucune difficulté du biberon au sein et vice-versa. Ils savent adapter leur succion à chaque stimuli différents. D’autres vont commencer à « pincer » davantage le sein de maman ; on peut alors leur apprendre la différence, « rectifier » le tir en les invitant à ouvrir plus grand la bouche ; pour peu que ce signe-là soit le premier qui apparaisse, et non pas un refus brutal du sein…  Si grève de tétée il y a (puisque c’est ainsi que se nomme cet arrêt soudain de l’allaitement, rien à voir avec un sevrage), les conséquences peuvent être véritablement néfastes à la poursuite sereine de l’allaitement.

Petite histoire vraie : G. a du reprendre son travail alors que bébé E. avait 3 semaines. Elle avait un Réflexe d’Ejection Fort (REF) et bébé E. un frein de langue serré. Nous avons discuté ensemble de la possibilité de cette préférence. Les parents de Bébé E. ont choisi de donner le lait avec un DAL (Dispositif d’Aide à la Lactation) au doigt, le papa s’attelant à la tâche puisque c’était lui qui gardait bébé pendant les absences de sa maman. Par la suite, le frein de langue a été coupé, le REF s’est apaisé, bébé E. a grandi et… a pris aussi bien le biberon chez la nounou que le sein avec maman. Franchement, je ne sais pas ce qui serait arrivé si on était de suite passé par la case biberon. Peut-être rien au final. Mais qui peut savoir ? Dans le doute, je préfère informer et laisser le libre choix aux parents.

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Bébé E. prend son lait avec son papa et une sonde au doigt

Informer, cela veut aussi dire qu’il existe une manière particulière de donner le biberon à un bébé allaité : très bien expliquée par LLL France ici et montrée également là . Cela veut aussi dire qu’il y a des alternatives au biberon, en fonction de l’âge du bébé, comme le DAL (ou sonde) au doigt, la tasse à bec, la paille, voire d’autres encore à inventer, pourquoi pas ?

Donc, oui, il peut arriver qu’un bébé préfère le biberon pour l’une ou l’autre des raisons mentionnées plus haut. Si cela convient à la maman, tant mieux. Si ce n’est absolument ce qu’elle souhaite vivre il est important d’évoquer cette possibilité avec elle en amont pour être vigilant à ce que l’efficacité de bébé soit réelle, à la manière de donner le biberon voire au choix d’un autre moyen de lui donner son lait. Il est important aussi de l’aider à voir comment inverser la tendance et trouver le chemin qui lui conviendra.

En ce qui concerne l’allaitement maternel (comme dans de multiples autres domaines d’ailleurs…), on ne peut jamais dire jamais ou toujours. Chaque nouvelle histoire est une histoire à découvrir. Alors gardons-nous d’être dans la peur ou la certitude et avançons un jour après l’autre.

Je continue à rêver…

« Parler d’allaitement aux enfants»

Quoi de plus naturel ? Plus on leur parlera des tétées du bébé à venir, de celles de la petite voisine, ou de celles qu’ils ont connues nouveau-né, (ou du non-allaitement d’ailleurs, en le replaçant dans le contexte du moment) et plus cela leur semblera être un acte banal et évident. Voir un enfant manger, n’a rien que de très quotidien pour un autre enfant. Leur parler d’allaitement, oui, et le leur montrer, donc.

On invite bien volontiers des petits à venir regarder des chatons, des veaux, des porcelets ou des chiots téter, alors pourquoi ne pas leur montrer un bébé faire de même ? Pourtant, comme cela semble difficile… Je recueille facilement des témoignages de jeunes mamans dont la belle-sœur ou la mère avait fait sortir les petits cousins de la pièce où elle allaitait sous prétexte de « la laisser tranquille », alors qu’en fait elle se sentait gênée qu’ils assistent à un tel « spectacle ». Ou de la jeune femme, assise tranquillement sur un banc du square, nourrisson au sein, qui observe une autre femme tirant fermement sa fillette par la main pour l’entraîner au loin, tandis que celle-ci reste fascinée par le si joli tableau…

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Diane en pleine découverte…

Ne parlons pas de l’immense majorité des albums pour enfants… Avez-vous déjà vu un album intitulé « Le lait de ma mère » ? Première photo, un kangourou qui tète ; deuxième, un veau sous sa mère ; troisième, un bébé qui tient un biberon, posé seul sur un canapé ! Quel paradoxe, quel titre totalement trompeur ! Hop un biberon de lait de vache pour le bébé ! Peut-être suis-je mauvaise langue et qu’il boit effectivement le lait de sa maman (on peut toujours y croire 😉 ) quoiqu’il en soit, il n’est même pas dans les bras de l’un de ses parents ! ! !

Souvenir plus ancien… je découvre avec mon fils une histoire de Pomme d’Api… La famille Noé (dont les parents sont vétérinaires) visite une ferme. Mignon comme tout, la maman cochon a du mal à nourrir sa très nombreuse progéniture. Hop un biberon (de lait de vache ?) pour lui donner un coup de main. Bon. Un soutien comme un autre. Page suivante, vite, vite, vite, il faut se dépêcher parce que l’on va donner…le biberon du veau ! ! ! Sous le regard attendri de sa maman ! Argggh… Remarquez… au moins, là, il boit bien le lait de sa mère 😉

Comment voulez-vous que les enfants y comprennent quelque chose ? Si depuis toujours la norme qui leur est montrée c’est le biberon, ils vont naturellement s’en saisir.

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…et Isaac aussi sur « A chacune son chemin pour un allaitement paisible »

Inverser cette tendance. Montrer et parler d’allaitement à tous. C’est ce qui nous a animé, Laura Boil et moi-même lors de la création de notre exposition photos et de notre livre « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » (cf. l’article consacré à ce sujet ici ou encore là). Je ne résiste pas au plaisir de répéter peut-être une anecdote, tant elle est symbolique pour moi. Alors que je la connaissais à peine, Sandra, maman de deux enfants qui n’a jamais voulu allaiter a tout d’abord soutenu financièrement notre projet. Ensuite, vient la merveille des merveilles : « Tu sais, la dédicace sur ton livre, j’y tiens beaucoup, parce que le livre, il est pour Célia… » Célia, sa fille de 6 ans à l’époque. L’illustration exacte de mon souhait le plus profond : montrer à tous et à chacun que l’allaitement maternel existe ; qu’il n’y a pas qu’une seule voie ; qu’il peut y avoir une transmission positive de mère à fille sans qu’il n’y ait ni pression, ni forcément expérience précédente.

Oui, je veux parler d’allaitement à tous : aux vieux et aux jeunes, aux femmes et aux hommes, aux noirs et aux blancs, à ceux qui n’allaiteront jamais, aux homos et aux hétéros, aux martiens même s’il leur prenait l’envie de débarquer sur Terre ! Bien évidemment, aux enfants aussi. Pour maintenir vivant à jamais le lien lacté qui nous unit aux premiers hommes qui ont peuplé ce monde. Pour qu’un jour devienne exceptionnel le fait de donner à nos petits le lait d’une autre espèce que la leur.

Alors, parlons et montrons l’allaitement maternel aux enfants. Ils sont déjà notre « Demain ».

Je continue à rêver.

NB (Vous pouvez quand même trouver quelques albums qui parlent d’allaitement, notamment sur le groupe Facebook « Ma bibliothèque bienveillante »)

 

« A toutes les grands-mères…»

Pourriez-vous laisser vos filles ou belles-filles qui allaitent tranquilles ? Pourriez-vous leur donner un magnifique cadeau : votre CONFIANCE ? Pourriez-vous ainsi offrir à votre petit-enfant le meilleur « engrais » qui soit pour débuter sa vie en beauté : le lait de leur Maman ?

Oui je sais. En vous interpelant de cette manière je mets chacune de vous dans le même sac. Je suis bien consciente que la généralisation est la porte ouverte au jugement et, par là mainsbebeadultemême, à la bêtise. Seulement, je vois tellement de situations ubuesques, d’informations totalement fausses voire néfastes transmises par les grands-mères, qu’il y a des moments où je sens la moutarde me monter au nez. Je ne peux m’empêcher de pousser un cri d’alerte avec, toujours sous-jacent à mes propos, le souhait qu’il y ait d’avantage d’informations validées qui circulent. Notamment par votre bouche.

Vous rendez-vous compte de l’importance de votre place auprès de vos enfants et petits-enfants ? Parfois modèle à suivre, d’autre fois exemple à fuir… mais toujours de l’importance. Toujours une place centrale. Alors merci de l’utiliser à bon escient.

Vous n’avez jamais allaité ? Hé bien INFORMEZ-VOUS avant de dire n’importe quoi ! ! ! Qu’était-ce l’autre jour déjà ? Ha oui : « Je vais allaiter jusqu’à 3 mois – Bon très bien, c’est ce dont vous avez envie, donc c’est bien. C’est parce que vous allez reprendre le travail et ça vous fait peur de continuer ? – Heu… non. On m’a dit qu’à partir de 3 mois le lait n’était plus bon, que c’était de l’eau. – ! ? ! ? Alors ce « on » vous a dit totalement n’importe quoi, le lait ne se transforme pas soudainement en eau, le lait maternel est adapté à votre bébé pendant très longtemps, même quand il est diversifié – En fait c’est ma mère. – Gloups… » ou bien encore « Tu veux allaiter ? Mais comment mon fils va pouvoir donner le biberon alors ? » (je rappelle que le biberon n’est pas une obligation et que Papa peut faire plein d’autres choses avec bébé : câlins, portage, jeux, bains, etc.).
Lisez ! Partagez vos lectures ou gardez les pour vous si c’est mieux. Participez à des rencontres sur l’allaitement, seule ou en compagnie de votre fille ou belle-fille si vos relations sont positives : votre présence à ce genre de réunions me semble on ne peut plus légitime !

Vous avez allaité ? Souvenez-vous de ce que vous avez alors ressenti. Parfois cela vous apparaît si loin. Le temps enjolive souvent les choses et vous avez peut-être l’impression que c’était beaucoup plus facile pour vous, « qu’elle devrait faire ci ou ça pour que ça aille mieux, qu’elle se complique bien la vie… ». L’allaitement peut aussi être pour vous un très mauvais souvenir, et vous avez envie d’intervenir en disant « à quoi bon ? Le bibi c’est tout aussi bien ». Votre histoire vous appartient. Rappelez-vous, l’allaitement, c’est comme les enfants : il n’y en a pas un qui se suit et qui se ressemble. Alors écoutez, accueillez, encouragez, proposez des interlocuteurs « neutres » (pour ma propre famille, je donne les coordonnées de mes collègues : trop d’émotion, trop d’affect pour que les paroles dites soient justes et reçues sereinement.) N’hésitez pas, pourquoi pas, à vous « remettre dans le bain » en faisant comme les grands-mères qui n’y connaissent rien : lire, rencontrer, partager…

Me relisant, je me trouve très directive et pleine d’injonctions : désolée, ne voyez pas mes points d’exclamations comme des ordres et des « il faut / tu dois », mais plus comme de l’enthousiasme que je souhaite communicatif. Et des pistes à suivre ou pas. A vous de voir.

Pour conclure, j’invite chacune d’entre vous à devenir la reine de l’intendance (même si ce n’est pas votre fort, seulement de manière très ponctuelle ;-)). Ménage, linge, courses, petits plats mitonnés ou en direct du rayon congélation, peu importe… Bref, tout ce qui constitue le quotidien et devient si pesant quand on découvre une nouvelle vie à 3 ou plus. Bien sûr, cela semble ingrat, peu valorisant, mais vous n’imaginez pas combien cela contribue à la construction d’un lien toujours plus fort entre vos enfants, petits-enfants et vous : je repense, toujours émue, à la présence de ma propre maman lors de la naissance de mes enfants. Elle a été là où il était juste qu’elle soit.

J’ose espérer, que quand mon tour viendra, j’apprendrai aussi à trouver ma place.

Je continue à rêver.

« Objectif zéro culpabilité »

Ambitieux programme, non ? Voire objectif inatteignable, puisque dès que l’on devient mère il me semble que l’on sombre à tout jamais dans la culpabilité : « j’aurais du faire ça, j’aurais du lui dire cela, j’aurais pu éviter de réagir de cette manière, est-ce que j’ai raison de faire comme je fais ?

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Photo issue du blog : http://psycho-ressources.com/blog/la-culpabilité

 

 

Est-ce que cette décision est vraiment la meilleure pour mon enfant ? » Une ritournelle sans cesse égrainée à tout va et pour le moindre sujet : le choix du lieu de naissance, les vêtements (trop chaud ? Trop froid ?), les soins, les couches, le portage ou la poussette, l’alimentation, la crèche ou la nounou, l’école, l’éducation, etc., etc.

La culpabilité que je veux aborder ici, est celle, oh combien brûlante, du non-allaitement. Comment faire pour l’éviter ?

D’abord, si celui-ci relève d’un choix personnel, se poser les bonnes questions bien avant la naissance. Par exemple « Et si je me mettais à la place de mon bébé, de quoi aurait-il envie, lui ? » ou encore « Qu’est-ce qui me pose problème avec l’allaitement ? Est-ce vraiment insurmontable pour moi ? Est-ce qu’il y a une manière de faire qui pourrait me correspondre ?», etc. Et ne pas hésiter à s’armer d’un stylo pour les lister une à une. Puis trouver la ou les personnes auprès desquelles vous pourrez vous informer réellement sur l’allaitement maternel : personnes véritablement formées dans le domaine, qui savent aussi écouter les doutes et apaiser les peurs, avec lesquelles vous vous sentirez en confiance. Pour les choisir le bouche à oreilles est la meilleure des sources.

Ainsi, la décision prise le sera en toute connaissance de cause et non pas fondée sur des rumeurs sans consistance aucune : soit une petite envie de vous lancer dans l’aventure germera en vous (allez, oui, je l’avoue, c’est vers cela que va ma préférence 😉 ), soit votre refus d’allaiter sera encore plus net, venu du plus profond de vous, sans que vous n’ayez nullement à vous justifier :  « je sais que le lait artificiel n’arrive pas à la cheville du lait maternel notamment en terme de qualité nutritionnelle, mais vraiment, allaiter, ce n’est pas pour moi. » Et j’ai envie d’ajouter : point, barre. Personne, absolument personne, n’a à s’immiscer dans cette décision qui vous appartient totalement.

Pourquoi est-il si important alors que vous soyez claire avec vous-même ? Tout simplement pour que vous soyez claire face aux autres : que vous n’ayez pas envie de mordre une femme qui allaite devant vous 😉 (en traduisant cette envie par des propos accusateurs ou la diffusion de rumeurs négatives et de fausses informations), et que vous soyez détendue face à une personne qui use de l’arme inutile et néfaste, de la culpabilisation. Mais aussi pour que vous puissiez continuer à être ce que vous êtes depuis le tout premier instant : la meilleure mère qui soit pour votre bébé.

Qu’en est-il de la culpabilité quand on n’a pas réussi à allaiter alors qu’on le souhaitait plus que tout ? Elle se transforme souvent en un lourd fardeau qui pèse terriblement sur nos épaules. J’ai rencontré l’autre jour à la maternité une jeune maman qui venait d’accueillir son 3ème enfant. Lorsque je lui ai parlé de ses précédents allaitements elle a eu une petite moue contrite, un haussement d’épaules et m’a dit d’une toute petite voix (comme si j’allais la gronder) : « seulement 1 mois chacun ». Je lui ai d’abord fait remarquer que c’était déjà 1 mois de pris ! En poursuivant la discussion j’ai découvert qu’elle avait « tenu » 1 mois, parce que la douleur était insupportable : en moyenne 8 à 12 fois par 24 h. à se faire pincer brutalement le sein, bien sûr que c’est insupportable ! Seulement, voilà, elle ne savait pas que ce n’était pas normal de souffrir, et c’est bien là où le bâts blesse : dans 99 % des cas (chiffres que je ne tiens que de moi : comme je l’ai dit ici, rien de scientifique dans mes propos…) c’est l’accompagnement dès la naissance puis dans les premières semaines qui fait défaut. Alors oui, il est de votre responsabilité de chercher l’information, trouver des ressources, aller au-delà des renseignements « de base » que l’on vous donnera. Parfois, vous n’aurez pas su qu’il était important de faire tout cela : vous aurez placé votre confiance au mauvais endroit, là où s’accumuleront des obstacles sans savoir que ce sont des bâtons que l’on met dans vos roues et non des perches salvatrices. Parfois aussi, vous aurez été informée, soutenue, vous aurez cherché toutes les solutions imaginables pendant plusieurs mois, et rien n’aura fonctionné ; dans les deux cas, c’est en pleurant que vous aurez fini par donner un biberon.

Ce non-allaitement douloureux fera alors partie de votre histoire, ce sera à vous de voir ce que vous en ferez. Il sera une expérience sur laquelle vous appuyer pour vivre différemment le reste de votre vie de mère : soit vous la garderez comme une plaie toujours vive et rien de positif n’en sortira (voire de l’agressivité envers les femmes allaitantes et l’allaitement en général), soit vous arriverez à faire en sorte que de belles fleurs naissent du riche compost ainsi accumulé. C’est tout le mal que je vous souhaite : peu à peu, avec le temps, la culpabilité empoisonneuse laissera place à un doux regret, voire à la nostalgie. Mais vous continuerez toujours, vous aussi, à être la meilleure maman qui soit pour votre enfant, sans nul doute possible.

Je continue à rêver.

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir !»*

Je vais sans doute, par mes propos d’aujourd’hui, jeter un pavé dans la mare des femmes qui se battent pour l’allaitement. Peut-être même m’attirer les foudres de certaines. Tant pis. Je ne crois pas que l’on puisse m’accuser de ménager ma peine pour parler encore et toujours d’allaitement maternel et pour apporter ma petite goutte à ce que les choses bougent en sa faveur en France. J’invite celles et ceux d’entre vous qui ne me connaissent pas à lire les autres articles de ce blog ou à découvrir mon travail de consultante en lactation IBCLC, et notamment l’exposition et le livre que j’ai créés avec la photographe Laura Boil, en se rendant sur le site www.allaitement-achacunsonchemin.com. Ensuite, seulement ensuite, vous pourrez éventuellement crier au loup dans la bergerie 😉

A mon sens, l’allaitement devrait redevenir un acte d’une banalité affligeante, une action quotidienne qui ne soulève aucun commentaire, n’attire aucun regard positif ou négatif, puisse avoir lieu partout et en toute circonstance.

maudclarisse_05siteMais, car oui, il y a un mais. Un mais qui ne veut surtout pas annuler tout ce que je viens d’écrire. Qui apporte juste une nuance à mes mots. Je peux comprendre que l’on soit gêné par un sein totalement dénudé qui nourrit un tout-petit. Je peux entendre que l’on n’ait pas envie de voir une poitrine bien en chair inconnue se balader juste sous notre nez au cours du dîner. Je peux concevoir que l’on devienne entièrement réfractaire à l’allaitement, voire qu’on le critique de manière systématique, s’il nous est arrivé, ne serait-ce qu’une seule fois, d’assister à un allaitement mené « tous seins à l’air » dans un lieu auquel on ne s’attendait pas à cette scène.

Pour moi, en matière d’allaitement, l’ostentation systématique est contre-productive : elle aboutit à l’effet inverse recherché, à un rejet, à un dégoût, à la stigmatisation d’un acte pourtant si beau et si naturel.

Vous me direz des femmes se montrent « top less » sur la plage, dans les magazines, dans les films sans que cela ne choque personne. Ok, notre société s’est habituée à la nudité « instrumentalisée », source de fantasmes sexuels en tout genre, c’est un fait. Pensez-vous que cela serait la même chose si elles se promenaient ainsi au supermarché, au bureau, ou à la salle de gym ? Nous ne vivons pas dans un pays où il est commun d’avoir tout ou partie de notre corps dénudé, si tel était le cas, j’aurai suivi le mouvement avec joie, cela aurait été tellement plus simple pour allaiter (quoique je ne sois pas certaine que la blancheur de ma peau ait résisté longtemps à l’enthousiasme du soleil…). Tout est question de mesure, de respect de soi-même, des besoins de bébé, et des gens que nous côtoyons.

J’ai allaité partout, vraiment partout : rues, musées, supermarchés, transports en commun, églises, marches d’escalier d’un grand magasin, plages, aires de repos, refuges de montagne… Et pas question pour moi (cela n’existait pas à l’époque et tant mieux !) de revêtir une de ces affreuses capes d’allaitement qui en plus d’être laides, cachent la plus belle merveille qui soit au monde, notre bébé. Un tee-shirt qui se lève, un autre qui se baisse, et hop le tour est joué. Si l’on veut voir ce qui se passe vraiment, on le voit, sinon on passe son chemin. Souvenir du métro parisien : bébé au sein, en face de moi une vieille dame musulmane. Nous avons échangé un regard plein de connivence, que de bienveillance dans cet échange muet !

J’ai entendu des femmes dirent « j’ai dégainé mon nichon » pour contrecarrer un propos ou un regard désagréable sur le fait qu’elles nourrissaient leur bébé à leur sein. Comme si leur corps était une arme. Comme si leur sein ne méritait pas de porter un joli nom. L’allaitement ne mérite ni combat, ni guerre. Il vaut bien mieux que cela. Le plus joli des sourires, un bisou sur le front de bébé et un allaitement qui se poursuit envers et contre tout (tous ;)) me paraissent être bien plus efficaces pour, doucement mais sûrement, faire avancer la cause qui nous tient tant à cœur.

Je continue à rêver…

* Tartuffe de Molière, acte III, scène 2

« Demain… je le laisse…»

Après, au pire, quelques semaines, au mieux quelques mois, maman et bébé suivent des chemins séparés durant plusieurs heures par jour. Je suis toujours impressionnée par la détermination de ces femmes, à qui ont ne facilite pas forcément la tâche, qui décident de poursuivre leur allaitement à la reprise du travail.

J’ai aussi envie de dire à toutes celles qui pensent  a priori  que ce n’est pas possible pour elles, qu’il y a plein de façons différentes d’allaiter tout en travaillant. Tout dépendra de l’âge de bébé à la reprise, de l’envie ou la non-envie de maman d’exprimer son lait, de la durée de la séparation, enfin, et surtout, de ce que chacune souhaite vivre à ce moment-là, avec cet enfant-là.

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Salle d’allaitement d’Airbus Toulouse : un lieu d’intense activité…

 

Certaines vont tirer leur lait et le confier à la personne qui accueille leur tout-petit pour qu’il continue d’en bénéficier ; d’autres vont décider de donner du lait artificiel en leur absence et proposer leur lait à la source sans restriction, de jour comme de nuit, week-end compris, dès qu’elles seront avec bébé (condition qui peut être indispensable pour que la lactation se maintienne correctement, un minimum de 3 stimulations par 24h. étant nécessaire) ; d’autres encore vont trouver toutes les solutions possibles pour que la reprise soit plus tardive, même si les conditions économiques ne sont pas faciles, afin que bébé soit plus grand le moment venu ; d’autres enfin, vont s’acheminer vers un sevrage en douceur, diminuant peu à peu les tétées.

C’est pour cela qu’il est important de « préparer » la reprise du travail. Bien trop souvent, dans l’inconscient collectif, « préparer la reprise du travail » = « faire prendre un biberon à bébé ». A mon sens, ceci est loin d’être la priorité, même si cela peut faire partie des questions à se poser. D’abord parce que bébé saura très bien qu’à la maison c’est d’une manière et qu’à la crèche ou avec nounou c’est d’une autre. Et puis s’il n’en veut décidément pas le biberon n’est pas une obligation, on trouvera une autre solution. Ensuite, parce que cela peut engendrer du stress à la fois chez les parents, le bébé et la ou les personnes qui l’accueilleront (autant profiter du moment présent avec bébé pour l’allaiter sans se poser de question…). Enfin, parce qu’il y a tant d’autres choses à envisager, pêle-mêle : allongement possible du congé maternité ? Poursuite d’un allaitement exclusif ou mise en place d’une alimentation mixte ? Tirer son lait avec un tire-lait ? Lequel ? Dans quelles conditions ? Aménagement des horaires de travail ? Quelle connaissance la nounou ou la crèche ont de l’allaitement ? Effectivement, quand même, comment lui donner le lait ? Etc, etc…

Alors oui, préparer son retour au travail en faisant une liste de ce qui nous conviendrait à nous, en s’informant auprès d’autres femmes qui ont vécu ce passage (le blog « A tire d’ailes », blog des femmes qui allaitent et travaillent, de ma collègue Véronique Darmangeat est une ressource richissime ; des réunions de soutien à l’allaitement le sont également), en se documentant, en dialoguant avec papa et nounou, bref en cherchant des pistes. Sans oublier, encore et toujours, de vérifier que l’information que l’on nous transmet n’est pas de l’ordre de la rumeur infondée mais bel est bien un élément valide et validé. L’allaitement est loin d’être une science exacte, deux belles inconnues s’y rencontrent : une femme et son enfant. Deux individualités qui, depuis qu’elles se sont prises dans les bras, apprennent à vivre ensemble, s’apprivoisent peu à peu. La reprise du travail est une nouvelle étape de découverte, qui va peut-être se passer sans aucun souci ; qui va peut-être donner lieu à des doutes et des hésitations, des ajustements nécessaires, des allers et des retours en arrière ; étape qui va, à coup sûr, faire grandir tout le monde.

Une de mes amies, animatrice à La Leche League, m’a récemment raconté comment, il y a une quinzaine d’années, alors qu’elle installait une exposition sur l’allaitement dans un hôpital parisien, une pédiatre l’avait verbalement (et violemment) agressée, lui disant en substance qu’elle pouvait dire ce qu’elle voulait sur l’allaitement mais que « ça » c’était de la foutaise, que c’était entretenir les femmes dans un mensonge, qu’il fallait immédiatement qu’elle enlève ses affiches sur le sujet. «Ça» c’était « Allaiter et travailler, c’est possible »… Depuis, un long chemin a été parcouru, pas forcément dans les textes de loi (cf texte de V. Darmangeat sur la question) mais dans l’esprit des femmes : oui, elles savent que c’est possible ; elles savent aussi qu’il va parfois falloir qu’elles s’imposent. Il reste encore beaucoup à faire en la matière pour continuer à faire avancer les choses, à faire bouger les mentalités et évoluer les pratiques : nous sommes chacune l’un des maillons de la chaîne, agissons chacune à notre niveau.

Je continue à rêver…