Et si un jour…

Et si un jour, la manière d’aborder l’allaitement en France changeait…

Entendons nous bien : je n’aime vraiment pas les généralités et j’apprécie énormément le proverbe asiatique qui dit « un arbre qui tombe fait plus de bruit que mille arbres qui poussent ». Mais trop c’est trop : un jour, promis, je m’intéresserai à tous ceux qui poussent mais pour l’heure le baobab qui tombe fait un bruit vraiment trop assourdissant : je recueille quotidiennement trop d’énormités transmises sur l’allaitement par… des professionnels de santé.

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Petit florilège de contre-vérités :

  • « Mon médecin nous a dit que mon lait n’était plus assez nourrissant ; je dois passer au lait artificiel. J’en suis très triste mais mon mari m’a dit que le médecin savait quand même de quoi il parlait ! » ;
  • « L’ostéopathe dit à toutes les femmes qui allaitent de donner de l’eau à leur bébé avant la tétée sinon il va se déshydrater » ;
  • « Ma sage-femme m’a demandé de tirer mon lait et de lui donner au biberon pour voir combien je produis de lait » ;
  • « Mon pédiatre m’a dit qu’il était temps de commencer la diversification quand elle avait 4 mois. Je dois lui donner 1 tétée le matin, vers 12 h. 30 une purée et une compote, entre 16 h. et 17 h. 30 un yaourt et une compote, vers 19 h. 30 la tétée du soir. Je ne comprends pas parce que, depuis, elle se réveille 2 fois par nuit et elle tète avec appétit. Quand j’en ai parlé au pédiatre il m’a dit de lui donner une compote avant de la coucher. » (vu le régime imposé rien d’étonnant que bébé soit affamé ; donner du sucre avant de dormir, bien sûr, ça cale et ça calme ;( )
  • « Mon bambin avait la gastro et mon médecin m’a dit d’arrêter l’allaitement parce que ça donne la diarrhée » ;
  • « Mon médecin n’a pas voulu que je donne la tétée à mon bébé pendant qu’elle le vaccinait parce qu’un jour un bébé a régurgité sur elle » ;
  • « Ma sage-femme m’a dit que tout allait bien parce que mon bébé de 4 semaines prend du poids et que ce n’était pas grave s’il n’avait pas de selles. Mais moi je vois bien qu’il se tord de douleur et qu’il a mal » ;
  • « Mon pédiatre m’a affirmé que ce que dit l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) c’est dépassé maintenant. » 

Je pourrais malheureusement continuer encore longtemps comme cela. J’avoue que j’ai du mal à comprendre : pourquoi des personnes qui, a priori, possèdent plutôt une vision scientifique des choses, qui ont appris à se fier à la preuve plutôt qu’à l’idée, utilisent leur pouvoir (car oui leur pouvoir est immense sur des parents qui cherchent le mieux pour leur enfant) pour diffuser des idées fausses tout autant qu’infondées ? J’ai sans doute une trop haute opinion d’eux… ce qui ne peut que me pousser à être déçue.

Je suis une indécrottable rêveuse qui essaie de faire en sorte que ses rêves deviennent réalité, alors pourquoi pas… Et si un jour la majorité des professionnels de santé :

  • pouvaient répondre à une question sur l’allaitement « Désolé, je ne sais pas, je vous invite à contacter telle ou telle personne (association de soutien de mères à mères, consultant en lactation IBCLC ou autre professionnel de santé formé) qui pourra sans doute vous apporter une réponse » ;
  • pouvaient au moins se sensibiliser à la réalité de l’allaitement maternel plutôt que de contribuer à la diffusion de mythes et d’idées reçues, en se documentant auprès de sources officielles et validées ; sans pour autant croire qu’ils savent tout sur le thème (l’allaitement maternel est loin d’être une science exacte et on en apprend tout les jours en la matière) ;
  • pouvaient favoriser l’accès à un choix véritablement éclairé en refusant de faire gracieusement de la publicité aux fabricants de préparations lactées pour nourrissons (non ce n’est pas innocent un sous-main, une toise ou un pot à crayon à leurs couleurs) et en renvoyant le cas échéant vers d’autres ressources ;
  • pouvaient, si le sujet les intéresse, se former réellement et régulièrement à la question. Rappelons que les Consultants en lactation IBCLC doivent, s’ils veulent conserver leur certification IBCLC, apporter la preuve de leur formation continue au bout de 5 ans d’exercice et ont obligation de repasser l’examen au bout de 10 ans. A contrario, plusieurs médecins et sages-femmes que j’ai rencontrés m’ont affirmé qu’ils ne considéraient pas s’y connaître en allaitement à l’issue de leur formation initiale. En France il existe plusieurs possibilités de formation : DIU allaitement délivré en université, CREFAM, ACLP, Co-Naître, AM-F, parmi d’autres.

Voilà, si un jour tout ceci devenait réalité, il me semble qu’un immense pas aura été fait pour l’allaitement maternel en France. Je sais que beaucoup ont déjà relevé leurs manches pour s’atteler à la tâche. Heureusement. Et grand merci à chacun d’eux.

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Bon, maintenant il faut qu’il MANGE

J’ouvre une parenthèse avant d’en venir au cœur de mon sujet, aujourd’hui la diversification alimentaire : (désolée pour mon absence ces dernières semaines : je ne cesse de parler allaitement par l’intermédiaire du livre et de l’exposition « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » et j’ai du mal à reprendre mon souffle pour me mettre à écrire… Je vais faire en sorte de renouer avec mon rythme hebdomadaire et remercie d’avance les personnes qui me lisent régulièrement pour leur indulgence) parenthèse refermée !

Et bien oui il faut qu’il mange ce bébé, que les choses sérieuses commencent enfin, parce qu’avant, il faut bien le dire, c’était de la franche rigolade… Je plaisante bien sûr. J’avoue que j’ai moi-même longtemps eu du mal lorsqu’une maman allaitante me disait « il a mangé à telle heure » ; « il veut encore manger, c’est normal ? », tellement pour moi manger et téter étaient deux actes différents. Ou plutôt tellement l’action de téter dépassait largement le cadre de l’alimentation : évidemment bébé se nourrit en tétant, mais il fait simultanément tant d’autres choses, se rassurer, se consoler, humer de bonnes odeurs, se soigner, se faire câliner, s’endormir, etc. Il fallait de ce fait à mon cerveau une fraction de seconde pour comprendre que manger signifiait téter… Un peu idiot non ? Du coup il n’est peut-être pas étonnant que beaucoup de personnes imaginent également, dans un sens moins positif, que téter ce n’est pas vraiment manger.

bébécuillèreRappelons deux points qui me semblent important :

  1. le lait, quel qu’il soit (j’ai toutefois une large préférence pour le lait maternel ;)) reste l’aliment principal du petit humain jusqu’aux alentours de ses 1 ans ; la diversification est donc au départ davantage une découverte de nouvelles textures (et goûts pour les bébés non nourris au lait maternel) qu’un moyen de se nourrir et de grossir.
  2.  L’OMS invite les mamans du mondes entier à allaiter leur bébé exclusivement jusqu’aux 6 mois de celui-ci.

De plus en plus souvent, je rencontre des femmes à qui « on » (je n’insisterai pas sur l’identité du « on », j’espère réussir à y revenir dans un prochain article) dit qu’il est bon de commencer la diversification dès 4 mois. Sans forcément qu’il y ait une argumentation à cela. J’ai même lu récemment « il est important que bébé ait goûté le maximum de choses entre 4 et 7 mois »… Parfois j’ai l’impression qu’il y a un joyeux amalgame entre ce qui est dit par les instances officielles et ce que certains professionnels de l’agro-alimentaire aimeraient qu’il se passe dans la réalité. On parle par exemple effectivement de « fenêtres d’opportunité » entre 4 et 7 mois pour l’introduction de gluten ou d’aliments allergènes dans certaines familles au terrain allergique avéré. Et hop tout le monde s’engouffre dans ces fenêtres qui se transforment en portes voire en immenses baies vitrées ! Lire la suite