Allaiter ça fait maaaaal…

Même pas vrai !

Attention : il n’est pas question que je nie ici la douleur vécue pas les femmes qui allaitent (ou essaient d’allaiter). Elle serait d’autant plus intense que l’émotion ressentie ne serait pas accueillie et reconnue. Donc, douleur il y a bien trop souvent. Et bien trop souvent, il y a cette petite phrase assassine : « Vous avez mal ? C’est normal, ça va passer. » Non ça n’est pas forcément normal. Et oui ça va passer, ou PEUT-ETRE PAS…

En fait, allaiter ne DEVRAIT PAS faire mal. Si douleur persistante il y a, il est primordial de ne pas l’accepter et d’en chercher la cause afin d’explorer des pistes pour la soulager au plus vite.

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Nous sommes tous différents face à la douleur, ce qui ne fait de personne une « douillette » ; les unes et les autres ont simplement un ressenti différent et ce qui semble être un « simple bobo» pour l’une va être vécu comme quelque chose d’insupportable par d’autres. Et vice versa. J’utilise volontiers une échelle de 1 à 10 pour évaluer comment la femme vit sa douleur. Notion qui reste malgré tout très subjective mais permet de rendre un peu plus concret le « ça fait mal ». Qu’il y ait un temps d’adaptation des seins, je veux bien, ils sont habitués à des caresses beaucoup plus douces que la succion d’un nourrisson ! (J’invite tous ceux qui n’ont jamais allaité à mettre leur petit doigt bien propre dans la bouche d’un bébé qui demande à téter : le message sera clair…) Donc une période de douleur « normale » est possible (et non obligatoire) durant environ 1 à 2 semaines ; je la situe aux alentours de 2, maximum 3, sur l’échelle d’évaluation, mais encore une fois cela va dépendre de chacune. Quoiqu’il en soit, pour moi, en aucun cas elle ne devra dépasser 3. Elle ne doit pas être insoutenable, faire venir les larmes, l’appréhension totale (« Encore ? Il faut encore que je lui donne ?»), la tension et… les rougeurs puis crevasses.

Les crevasses ne sont pas un passage obligé : elles sont le résultat d’un frottement inadéquat sur la peau si fragile des mamelons. Elles sont aussi la porte d’entrée de joyeusetés dont il vaut mieux se passer (infections en tout genre). On a donc tout intérêt à ne pas les laisser s’installer. Parfois bébé doit apprendre (dès sa naissance) à ouvrir grand la bouche, d’autres fois sa succion désorganisée pour X raisons va lui demander aussi un temps d’apprentissage, quelque fois il y peut y avoir une difficulté physique qui l’empêche de prendre le sein correctement (freins de langue ou de lèvres trop serrés, par exemple, problème qui peut être résolu). Il y a beaucoup d’autres raisons d’avoir mal. Rarissimes sont celles qui ne trouveront aucune solution. Pour peu que la mère soit bien accompagnée et soutenue.

Le temps peut également être un allié dans le traitement de la douleur : les seins s’habituent, bébé grandit et apprend vite, maman aussi est plus à l’aise dans sa manière de s’installer, de le positionner, dans ce qu’elle voit faire à bébé, dans ce qu’elle sait qu’elle peut accepter ou non.

Je terminerai avec un petit coup de… colère. Il m’est arrivée d’accompagner des femmes qui évaluaient leur douleur lors de la toute première tétée de leur bébé à… 8 ou 9 ! Et elles l’ont entendu LA petite phrase citée plus haut. J’ai été là pour « ramasser la casse ». Pour certaines, les aider à sevrer parce qu’après 3 semaines à ce régime là (3 semaines, vous vous rendez compte ? A raison de 8 à 12 tétées par 24 h… C’est odieux !) même si l’on voit ensemble ce qui peut être mis en place (bien souvent un meilleur positionnement de la bouche de bébé sur le sein) elles n’ont plus l’énergie de se battre et c’est complètement humain ! Nous n’avons pas à nous sacrifier pour nos enfants et à serrer les dents en attendant que cela passe. Oui, je suis triste pour toutes ces mamans qui n’auront pas pu vivre ce qu’elles voulaient. Pour toutes celles qui ont abandonné vite et puis qui ont puisé en elles suffisamment d’énergie pour se lancer dans une relactation, pour tout recommencer à zéro. Pour toutes celles qui n’essaieront même pas d’allaiter, parce que leurs copines, mères, sœurs, voisines, cousines leur ont tellement dit que l’allaitement ça faisait horriblement mal. Pour tous ces bébés qui boiront peu (et dans de mauvaises conditions) ou jamais du lait de leur maman.

Alors que peut-être, sans doute, une présence, un soutien adéquat, une écoute non minutée dans les toutes premières heures de rencontre avec bébé aurait pu faire toute la différence…

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12 réflexions sur “Allaiter ça fait maaaaal…

  1. Excellent article, merci !
    Je ne voulais pas allaiter mon bébé, j’étais persuadée que l’allaitement, ça fait mal, des crevasses, etc.
    Justement parce qu’une amie, qui allaitait sa fille l’année passée, me disait, les larmes aux yeux à cause des crevasses, pendant que la petite tétait : « si, si, je t’assure c’est génial ! » – heu, très peu pour moi, merci !
    Et puis j’ai vérifié la composition des LA… Et j’ai changé d’avis, et c’était plutôt « bon ben tant pis, j’ai pas le choix, je veux le meilleur pour mon bébé – pas de taurine/huile de palme/poudre de poisson… »
    Quand ma fille est née, la sage-femme me l’a tout de suite mise au sein. Je l’ai bien fait rire, quand je lui ai dit « Mais il y a un problème ! Elle ne tète pas ! Je ne sens rien, je n’ai pas mal ! »
    Réponse : « Et pourquoi donc voulez-vous que ça fasse mal !? Ce serait l’inverse qui ne serait pas normal ! »
    C’est si doux, je ne sens tellement rien, que parfois je dois doucement déplacer ma fille pour vérifier si elle tète encore !
    J’ai une chance immense d’avoir accouché dans une clinique (Maj. à Nancy) qui favorise l’allaitement, avec des femmes formidables, formées sur le sujet, qui m’ont aidée, conseillée, corrigée, à toute heure du jour comme de la nuit, et toujours avec le sourire !

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      1. Merci ! 😀
        Un détail, sur lequel je n’ai trouvé aucune explication sur internet : j’ai eu mal, vraiment mal sous les bras, entre les aisselles et les seins, pendant la première semaine d’allaitement, à partir de la première montée de lait (en gros de J+3 à J+7).
        J’avais des bosses énormes, proéminentes, comme s’il me poussait des seins à cet endroit-là. A la maternité, les sages-femmes m’ont dit qu’il s’agissait de glandes mammaires secondaires, et que ça ne durerait que quelques jours – ce fut le cas…

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  2. J’ai tellement entendu que l’allaitement faisait mal pendant ma grossesse. Et bien je n’ai jamais eu mal, ni à la montée de lait, ni aux tétées, bien que je n’ai eu aucun soutien, ai eu la chance d’avoir un bébé qui tétait bien naturellement. Ça n’a pas été facile, mais pas à cause de la douleur.
    Finalement, après 7 mois d’allaitement sans complément de lait en poudre, un jour, une douleur à un sein, puis aux 2, et ça augmenté de jour en jour. Le simple effleurement des vêtements me fait très mal. J’ai mal au début des tétées, après c’est gerable. Je pense à une mycose, après 7 mois ça me désespère! Finalement, 1 semaine plus tard, retour de couches! La douleur à disparu quasi instantanément. Je n’en avais jamais entendu parler, voilà pourquoi je partage!

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  3. Non mais stop à la fin… STOP.
    Je suis une allaitante, une fervente. Mon fils, et ma fille qui arrive dans quelque jours, n’auront JAMAIS de LA. JA-MAIS. Mon fils a 18 mois. Et j’ai prévu de coallaiter. Ici, c’est à la demande. Je n’ai jamais douté de ma capacité à allaiter, j’étais « formée », et je savais qu’en gros, si je le voulais, je le pouvais. D’ailleurs je n’ai pas CHOISI d’allaiter. C’était une évidence, déjà avant d’accoucher. Donc … vous l’aurez compris, je suis une ayatollah de l’allaitement !

    MAIS… Mais j’ai souffert, dès le lendemain, j’avais des crevasses énormes. Pourtant, mon fils avait une très bonne position, les lèvres bien retroussées, la bouche bien ouverte. J’alternais les positions (madone, « ballon de rugby », etc…) et les deux seins pour que les tétons ne soient pas toujours stimulés de la même manière. Je soignais au lait maternel avec des compresses imbibées, j’y ajoutais parfois de la lanoline.
    Plusieurs personnes formées en allaitement (des vraies hein… Qui donnent des bonnes infos, et qui ne racontent pas des conneries comme certains…), étaient un peu désolées pour moi, car nous faisions tout comme il faut pour ne pas souffrir.
    J’en suais de douleur à chaque mise au sein. Mais je refusais de renoncer. J’ai craqué au quatrième jour pour des bouts de sein. Je connaissais les risques, bien entendu. La douleur était toujours là, mais atténuée, ce n’était plus vif et piquant.
    Dès que mes tétons se réparaient un peu, je les enlevais car j’avais peur de foirer mon allaitement à cause de ces bouts de sein, mais devais vite les remettre. Cependant, petit à petit, je devais les mettre moins longtemps, pour les mettre définitivement de côté après deux semaines. Mon allaitement n’en a pas souffert, au contraire, chez moi, la production n’a jamais été un soucis !

    Mais quel était alors le problème ? Quelques femmes ayant vécu les mêmes souffrances m’ont susurrés la probable raison : mon bébé avait une succion très forte. Beaucoup de force dans la mâchoire + des tétons très protégés dans des soutifs… ça donne des crevasses, malgré la bonne position.
    C’est fatiguant de lire que l’allaitement n’est pas censé faire mal. Pour une poignée de femmes, SIIIII, c’est TRES difficile, et TRES douloureux. Jusqu’à présent, je n’ai JAMAIS vu de billet sur le sujet, et plus ça va, plus j’y songe…

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    1. Je comprends votre agacement Stéph. surtout quand on a un parcours comme le vôtre. Moi aussi il m’arrive, pas plus tard qu’il y a 10 jours, de me sentir impuissante à soulager une femme qui a des crevasses dont on ne trouve pas la cause. Il n’en reste pas moins vrai qu’il ne s’agit en aucun cas d’une situation normale et qu’il est primordial de chercher une solution : pour vous cela a été les bouts de sein et, surtout, la détermination. Et ce que j’écrivais aussi, le temps est parfois un allié qu’il est important de ne pas négliger… Dans ces moments là c’est d’autant plus important d’être bien entourée pour maintenir son cap… En tout cas, bravo pour votre belle énergie constructive ! Merci pour votre témoignage

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  4. Ma fille a maintenant trois ans et je me souviens encore de ces douleurs presque insupportables… Et à la maternité : seulement des avis contradictoires ou des propositions de compléments… Jusqu’à ce que je vous rencontre. Des mots mis sur les maux (vasospasme et crevasses liées à une mauvaise ouverture de bouche de ma fille) et un allaitement qui est réellement devenu le nôtre, serein et source de plaisir. Aujourd’hui je me spécialise pour devenir infirmière puéricultrice et je me rends compte combien le besoin de formation des professionnels de santé sur l’allaitement est nécessaire… Pour ma part un DU envisagé 🙂 Encore merci pour tout, vous avez réellement sauvé mon allaitement.
    Typhaine et Soane

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  5. Pour ma part allaiter mon fils était une évidence. Ma maman m’avait prévenu qu’avoir très mal n’était pas normal mais que ce ne soit pas agréable les premières secondes pouvait être normal.
    J’ai passé 1 mois à avoir horriblement mal les 10 premières secondes, à chaque tétées ! J’ai fini par craquer et j’ai laissé tomber… J’angoissais à l’idée de mettre mon fils au sein et je pleurais en me retenant de hurler tellement j’avais mal.
    Je n’ai pas eu de chance, j’ai accouché en plein mois de juillet. Ma sage femme est partie en vacances juste après, et j’avais une demi heure de marche à pied pour aller voir la conseillère en lactation.
    J’espère juste que pour mon deuxième ça se passera mieux !

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    1. Désolée que vous n’ayez pas eu l’accompagnement adéquat : il y a douleur et douleur, une gêne passagère qui ne dure pas dans le temps est « normale ». En revanche une douleur intense qui dure nécessite d’en chercher la cause. Merci pour votre témoignage.

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