Histoires de bébés qui ne PEUVENT pas téter et d’un profond découragement

Aujourd’hui, je vais être très très bavarde après un long silence de 4 mois (désolée…). J’espère que vous aurez plaisir et intérêt à me lire jusqu’au bout. Il faut dire à ma décharge qu’il y a de quoi parler sur le sujet que j’ai choisi d’aborder.

Un allaitement peut être douloureux, un bébé allaité peut ne pas prendre suffisamment de poids pour de nombreuses raisons dont l’une des principales reste un mauvais positionnement de sa bouche sur le sein de sa maman, une ouverture de bouche insuffisante. Non seulement bébé peut alors blesser maman, mais son manque d’efficacité va aussi empêcher l’installation d’une lactation optimale (d’où un éventuel problème de prise de poids à court ou plus long terme).

Attention : n’oublions pas que ces problèmes ne sont pas une fatalité et ne sont pas systématiques, même si en France allaitement maternel = douleur, bien trop souvent. Il est également vrai que le temps est un allié en matière d’allaitement : chacun apprend à allaiter et à téter en le faisant. Il est donc important de différencier une « gêne » liée au manque d’habitude (j’aime à dire que nos seins sont habitués à des caresses nettement plus douces que la succion d’un nourrisson 😉 ) qui passera probablement avec le temps, et une douleur, qui a très certainement une cause.

En tant que consultantes en lactation IBCLC, nous avons pour tâche de mener l’enquête avec les parents pour comprendre pourquoi ces difficultés existent et de chercher la solution la meilleure pour chaque dyade maman/bébé (travail sur la mise au sein, position différente, séance d’ostéopathie, « pause-allaitement » avec don de lait au DAL* au doigt, etc.).

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Type 1*** – frein antérieur

Parmi les causes de ces problèmes, la présence chez bébé d’un frein de langue** trop serré (ou ankyloglossie) est à envisager. Cette membrane rattachant la langue au plancher buccal peut, si elle est trop courte, empêcher une bonne mobilité de celle-ci ainsi qu’une ouverture correcte de la bouche. Petit exercice pratique : bloquez votre langue derrière vos dents inférieures et essayez de parler, d’avaler, d’ouvrir la bouche… On se rend vite compte que tout est plus compliqué.

Quand nous sommes appelées par des parents pour les accompagner dans l’allaitement parce justement ils rencontrent l’une et/ou l’autre de ces difficultés, s’assurer de la présence éventuelle d’un frein trop court fait donc partie, entre autres, des questions que nous allons nous poser.
Au cours de la consultation, qui dure environ 2 heures, nous avons la possibilité de voir comment bébé se comporte au sein. Ceci, associé à nos connaissances en allaitement, nous permet de prendre en considération son efficacité ou sa non-efficacité. Si nous suspectons un frein de langue court nous invitons les parents à se rapprocher d’un ORL ou d’un pédiatre, afin que celui-ci confirme ou non notre interrogation et réalise une section du frein (geste certes douloureux mais extrêmement bref, à peine 1mn, qui peut se faire à tout âge sans anesthésie générale). Et c’est là que le découragement nous guette : à Toulouse (c’est le cas sur la majorité du territoire français) il est vraiment très difficile de trouver un praticien qui prenne en considération nos remarques, et qui accepte et sache effectuer la section du frein sur des nourrissons sans anesthésie générale.

 

Des petites histoires vraies ?

Allons-y. Je vois en consultation bébé G., 2 semaines, et sa maman. Celle-ci, infirmière, est inquiète car elle trouve que son petit s’agace très facilement au sein et semble le rejeter dès que le lait arrive plus doucement. De peur qu’il manque de lait, elle lui propose

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Type 2*** – frein antérieur

vraiment très fréquemment et alterne également fréquemment les deux seins. La prise de poids est plus que bonne : 75 grammes par jour (en moyenne on parle de 25 à 30 g. quotidiens). Je constate que bébé G. n’est absolument pas efficace dans sa tétée, il ne «s’accroche » pas au sein, est satisfait quand le lait coule tout seul et commence à s’agiter dès que ce n’est plus le cas. Je remarque la présence d’un frein de langue postérieur.

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Type 3***- frein postérieur

Rendez-vous est pris avec une pédiatre connue pour accepter de sectionner ce type de frein, en cabinet, sans anesthésie générale (bref LA perle). Le verdict tombe : il y a bien un frein mais la prise de poids est positive donc pas besoin de sectionner. Une oesophagite est diagnostiquée (rien d’étonnant avec la sur-stimulation menée par maman, action nécessaire car elle a permis à bébé de prendre du poids malgré son inefficacité). Conseil est donné d’espacer les tétées. Maman décide de faire confiance à la pédiatre. Résultat : bébé est très vite en mixte car la lactation devient rapidement insuffisante toujours en raison du manque de tétées efficaces (Rappelons juste en passant qu’un bébé allaité qui souffre d’oesophagite a besoin de tétées courtes et rapprochées…et que la lactation se maintient à la seule condition que bébé tète en moyenne 8 à 12 fois par 24h…). Un allaitement qui risque fort de ne pas durer longtemps et qui en tout cas ne répond pas au souhait initial exprimé par la mère lorsque je l’ai rencontrée.

En voici une autre : une de mes collègues reçoit une maman d’un bébé de quelques jours

 

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Type 4***- frein postérieur – palais creux

qui a des douleurs insupportables aux seins, des crevasses terribles, une réelle détresse de ne pas parvenir à allaiter paisiblement. Cette fois encore un frein de langue postérieur est observé. L’ORL consulté le constate lui aussi mais… « Ce ne peut pas être cela la cause des douleurs » et refuse de sectionner le frein. Que va faire cette femme qui se fait violenter 8 à 12 fois par 24h. ? Fort probablement sevrer, avec un sentiment d’échec, une grande tristesse et un discours ne parlant que des douleurs insoutenables de l’allaitement. Cela est normal et humain. Je le dis et le redirai toujours : aucune mère n’a à se sacrifier pour son enfant.

Entendons-nous bien : notre travail consiste à aider les femmes à vivre au mieux leur allaitement. Le frein de langue peut être une entrave à un allaitement harmonieux, nous le constatons tous les jours. Ignorer cette possibilité, l’écarter d’emblée, s’apparente à de l’incompétence, tout comme le fait de la considérer à l’exclusion de toute autre. Il ne s’agit pas de sectionner un frein pour le sectionner, il ne s’agit pas d’une « mode » que nous avons soudainement décidé de mettre au goût du jour, il s’agit d’avoir une vision à long terme sur l’allaitement souhaité par la mère…

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Type 4*** – frein postérieur caché sous muqueuse

Heureusement, il y a aussi des histoires positives… Une maman qui ne souffre plus du tout, son bébé mis au sein immédiatement après la section du frein de langue antérieur. – Une autre dont le bébé de 6 jours ne tétait pas du tout (il était en incapacité de « faire le vide » sur le sein, de « s’accrocher »), frein postérieur sectionné à 11 jours (par la pédiatre mentionnée dans ma toute première histoire 😉 ), bébé se met à téter de manière exclusive à… 23 jours ! (Grâce à des parents extrêmement motivés, à un arrêt total des biberons remplacé par un DAL* au doigt, et du peau à peau +++) – Un tout-petit dont les parents font 3 heures de route pour rencontrer un professionnel de santé qui sectionne son frein de lèvre supérieure et qui, enfin, cesse de faire mal à maman – Ou bien encore celui-ci, ayant du mal à « décoller » au niveau de sa prise de poids, à qui des séances d’ostéopathie ont permis de libérer des tensions qui « tiraient » la langue vers l’arrière, pouvant faire croire à un frein trop serré, et qui réussit à être efficace dans sa tétée.

Je lance donc un appel : si vous connaissez (ou êtes 😉 ) des professionnels de santé prêts à dialoguer, à se former, à chercher des solutions pour le plus grand bien de tous, sur Toulouse ou au moins en Occitanie, je suis preneuse !

Et j’essaie donc de continuer à rêver qu’un jour les choses puissent changer…

NB Le frein de lèvre supérieur (membrane reliant la lèvre à la gencive) peut lui aussi avoir un impact négatif sur l’allaitement, empêchant une bonne ouverture de bouche, créant blessures et mauvaise prise de poids. Il est lui aussi à prendre en compte.

* DAL Dispositif d’Aide à la Lactation

** En savoir plus sur les freins de langue : https://www.lllfrance.org/1679-aa-95-freins-de-langue-freins-de-levre-des-freins-a-lallaitement

 *** Classification des IBCLC

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« Parler d’allaitement aux enfants»

Quoi de plus naturel ? Plus on leur parlera des tétées du bébé à venir, de celles de la petite voisine, ou de celles qu’ils ont connues nouveau-né, (ou du non-allaitement d’ailleurs, en le replaçant dans le contexte du moment) et plus cela leur semblera être un acte banal et évident. Voir un enfant manger, n’a rien que de très quotidien pour un autre enfant. Leur parler d’allaitement, oui, et le leur montrer, donc.

On invite bien volontiers des petits à venir regarder des chatons, des veaux, des porcelets ou des chiots téter, alors pourquoi ne pas leur montrer un bébé faire de même ? Pourtant, comme cela semble difficile… Je recueille facilement des témoignages de jeunes mamans dont la belle-sœur ou la mère avait fait sortir les petits cousins de la pièce où elle allaitait sous prétexte de « la laisser tranquille », alors qu’en fait elle se sentait gênée qu’ils assistent à un tel « spectacle ». Ou de la jeune femme, assise tranquillement sur un banc du square, nourrisson au sein, qui observe une autre femme tirant fermement sa fillette par la main pour l’entraîner au loin, tandis que celle-ci reste fascinée par le si joli tableau…

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Diane en pleine découverte…

Ne parlons pas de l’immense majorité des albums pour enfants… Avez-vous déjà vu un album intitulé « Le lait de ma mère » ? Première photo, un kangourou qui tète ; deuxième, un veau sous sa mère ; troisième, un bébé qui tient un biberon, posé seul sur un canapé ! Quel paradoxe, quel titre totalement trompeur ! Hop un biberon de lait de vache pour le bébé ! Peut-être suis-je mauvaise langue et qu’il boit effectivement le lait de sa maman (on peut toujours y croire 😉 ) quoiqu’il en soit, il n’est même pas dans les bras de l’un de ses parents ! ! !

Souvenir plus ancien… je découvre avec mon fils une histoire de Pomme d’Api… La famille Noé (dont les parents sont vétérinaires) visite une ferme. Mignon comme tout, la maman cochon a du mal à nourrir sa très nombreuse progéniture. Hop un biberon (de lait de vache ?) pour lui donner un coup de main. Bon. Un soutien comme un autre. Page suivante, vite, vite, vite, il faut se dépêcher parce que l’on va donner…le biberon du veau ! ! ! Sous le regard attendri de sa maman ! Argggh… Remarquez… au moins, là, il boit bien le lait de sa mère 😉

Comment voulez-vous que les enfants y comprennent quelque chose ? Si depuis toujours la norme qui leur est montrée c’est le biberon, ils vont naturellement s’en saisir.

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…et Isaac aussi sur « A chacune son chemin pour un allaitement paisible »

Inverser cette tendance. Montrer et parler d’allaitement à tous. C’est ce qui nous a animé, Laura Boil et moi-même lors de la création de notre exposition photos et de notre livre « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » (cf. l’article consacré à ce sujet ici ou encore là). Je ne résiste pas au plaisir de répéter peut-être une anecdote, tant elle est symbolique pour moi. Alors que je la connaissais à peine, Sandra, maman de deux enfants qui n’a jamais voulu allaiter a tout d’abord soutenu financièrement notre projet. Ensuite, vient la merveille des merveilles : « Tu sais, la dédicace sur ton livre, j’y tiens beaucoup, parce que le livre, il est pour Célia… » Célia, sa fille de 6 ans à l’époque. L’illustration exacte de mon souhait le plus profond : montrer à tous et à chacun que l’allaitement maternel existe ; qu’il n’y a pas qu’une seule voie ; qu’il peut y avoir une transmission positive de mère à fille sans qu’il n’y ait ni pression, ni forcément expérience précédente.

Oui, je veux parler d’allaitement à tous : aux vieux et aux jeunes, aux femmes et aux hommes, aux noirs et aux blancs, à ceux qui n’allaiteront jamais, aux homos et aux hétéros, aux martiens même s’il leur prenait l’envie de débarquer sur Terre ! Bien évidemment, aux enfants aussi. Pour maintenir vivant à jamais le lien lacté qui nous unit aux premiers hommes qui ont peuplé ce monde. Pour qu’un jour devienne exceptionnel le fait de donner à nos petits le lait d’une autre espèce que la leur.

Alors, parlons et montrons l’allaitement maternel aux enfants. Ils sont déjà notre « Demain ».

Je continue à rêver.

NB (Vous pouvez quand même trouver quelques albums qui parlent d’allaitement, notamment sur le groupe Facebook « Ma bibliothèque bienveillante »)

 

« A toutes les grands-mères…»

Pourriez-vous laisser vos filles ou belles-filles qui allaitent tranquilles ? Pourriez-vous leur donner un magnifique cadeau : votre CONFIANCE ? Pourriez-vous ainsi offrir à votre petit-enfant le meilleur « engrais » qui soit pour débuter sa vie en beauté : le lait de leur Maman ?

Oui je sais. En vous interpelant de cette manière je mets chacune de vous dans le même sac. Je suis bien consciente que la généralisation est la porte ouverte au jugement et, par là mainsbebeadultemême, à la bêtise. Seulement, je vois tellement de situations ubuesques, d’informations totalement fausses voire néfastes transmises par les grands-mères, qu’il y a des moments où je sens la moutarde me monter au nez. Je ne peux m’empêcher de pousser un cri d’alerte avec, toujours sous-jacent à mes propos, le souhait qu’il y ait d’avantage d’informations validées qui circulent. Notamment par votre bouche.

Vous rendez-vous compte de l’importance de votre place auprès de vos enfants et petits-enfants ? Parfois modèle à suivre, d’autre fois exemple à fuir… mais toujours de l’importance. Toujours une place centrale. Alors merci de l’utiliser à bon escient.

Vous n’avez jamais allaité ? Hé bien INFORMEZ-VOUS avant de dire n’importe quoi ! ! ! Qu’était-ce l’autre jour déjà ? Ha oui : « Je vais allaiter jusqu’à 3 mois – Bon très bien, c’est ce dont vous avez envie, donc c’est bien. C’est parce que vous allez reprendre le travail et ça vous fait peur de continuer ? – Heu… non. On m’a dit qu’à partir de 3 mois le lait n’était plus bon, que c’était de l’eau. – ! ? ! ? Alors ce « on » vous a dit totalement n’importe quoi, le lait ne se transforme pas soudainement en eau, le lait maternel est adapté à votre bébé pendant très longtemps, même quand il est diversifié – En fait c’est ma mère. – Gloups… » ou bien encore « Tu veux allaiter ? Mais comment mon fils va pouvoir donner le biberon alors ? » (je rappelle que le biberon n’est pas une obligation et que Papa peut faire plein d’autres choses avec bébé : câlins, portage, jeux, bains, etc.).
Lisez ! Partagez vos lectures ou gardez les pour vous si c’est mieux. Participez à des rencontres sur l’allaitement, seule ou en compagnie de votre fille ou belle-fille si vos relations sont positives : votre présence à ce genre de réunions me semble on ne peut plus légitime !

Vous avez allaité ? Souvenez-vous de ce que vous avez alors ressenti. Parfois cela vous apparaît si loin. Le temps enjolive souvent les choses et vous avez peut-être l’impression que c’était beaucoup plus facile pour vous, « qu’elle devrait faire ci ou ça pour que ça aille mieux, qu’elle se complique bien la vie… ». L’allaitement peut aussi être pour vous un très mauvais souvenir, et vous avez envie d’intervenir en disant « à quoi bon ? Le bibi c’est tout aussi bien ». Votre histoire vous appartient. Rappelez-vous, l’allaitement, c’est comme les enfants : il n’y en a pas un qui se suit et qui se ressemble. Alors écoutez, accueillez, encouragez, proposez des interlocuteurs « neutres » (pour ma propre famille, je donne les coordonnées de mes collègues : trop d’émotion, trop d’affect pour que les paroles dites soient justes et reçues sereinement.) N’hésitez pas, pourquoi pas, à vous « remettre dans le bain » en faisant comme les grands-mères qui n’y connaissent rien : lire, rencontrer, partager…

Me relisant, je me trouve très directive et pleine d’injonctions : désolée, ne voyez pas mes points d’exclamations comme des ordres et des « il faut / tu dois », mais plus comme de l’enthousiasme que je souhaite communicatif. Et des pistes à suivre ou pas. A vous de voir.

Pour conclure, j’invite chacune d’entre vous à devenir la reine de l’intendance (même si ce n’est pas votre fort, seulement de manière très ponctuelle ;-)). Ménage, linge, courses, petits plats mitonnés ou en direct du rayon congélation, peu importe… Bref, tout ce qui constitue le quotidien et devient si pesant quand on découvre une nouvelle vie à 3 ou plus. Bien sûr, cela semble ingrat, peu valorisant, mais vous n’imaginez pas combien cela contribue à la construction d’un lien toujours plus fort entre vos enfants, petits-enfants et vous : je repense, toujours émue, à la présence de ma propre maman lors de la naissance de mes enfants. Elle a été là où il était juste qu’elle soit.

J’ose espérer, que quand mon tour viendra, j’apprendrai aussi à trouver ma place.

Je continue à rêver.

« Allaiter son enfant = rester à la maison » ou quelques mots pour Mme Badinter

Vendredi 29 janvier 2016, publication d’une étude sur les bienfaits de l’allaitement dans « The Lancet », tous les médias français s’en font l’écho du Monde à L’Express en passant par Ouest-France, La Dépêche et France Inter. Sans jeu de mots idiot, je vous assure que je « buvais du petit lait » tellement ce qui est dit me fait du bien à entendre.

J’écoute France-Inter, l’émission La Tête au Carré. Interview du Dr Marie Thirion, que vous pouvez écouter ou réécouter ici (de la 31ème mn à la 40ème). Claire, précise, directe, elle conclut grosso modo en disant qu’en France, à l’heure actuelle, il est quasiment impossible aux femmes de suivre les recommandations de l’OMS, à savoir allaitement exclusif jusqu’à 6 mois puis en complément d’une alimentation solide jusqu’à 2 ans, étant donné la culture de l’allaitement inexistante dans notre société (voici toutes les femmes allaitantes hissées sur un piédestal, devenues des héroïnes, ce dont je suis de plus en plus convaincue…)

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Et puis voilà, comme nous sommes en France, que les féministes ont gagné de longue date (et tant mieux) la possibilité d’être sollicitées pour tout sujet en lien avec la femme, une intervention de Madame Elisabeth Badinter est diffusée au cours de l’interview. Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, voici ce qu’en dit Wikipédia : « Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt, est femme de lettres, philosophe, féministe et femme d’affaires française.   Elle est surtout connue pour ses réflexions philosophiques qui interrogent le féminisme et la place des femmes dans la société (…) »

Je vous laisse écouter sa prise de position sur le « modèle de la mère parfaite » et vous faire votre propre opinion sur celle-ci, mais ne peux laisser passer sans rien dire l’affirmation suivante : « Quand vous allaitez 24H/24H pendant 6 mois vous ne pouvez pas évidemment quitter votre maison. »

Il serait bon, Madame Badinter, que vous cessiez de penser que les mères actuelles sont les mêmes femmes que celles des années 60 ou 70 (rendons à César ce qui lui appartient : en grande partie grâce au formidable travail mené par vous et vos consoeurs féministes de l’époque qui a notamment permis aux femmes de se réapproprier leur corps…). Il serait bon que vous cessiez de parler d’un sujet que vous ne connaissez visiblement absolument pas. Il serait bon que vous cessiez de participer à véhiculer des mythes et des idées reçues sur l’allaitement maternel.

Les jeunes femmes qui décident d’allaiter aujourd’hui bougent, sortent, aiment, travaillent, bref VIVENT. Le ou les premiers mois (à elles de faire comme elles veulent) elles emmènent leur bébé partout ce qui ne me paraît pas « anormal », qu’il soit allaité ou non d’ailleurs. Peu à peu, chacun trouve ses marques et la vie se réorganise, à l’image de ce que chacune souhaite vivre. Pour peu que la société dans son ensemble leur en donne les moyens, parce que, décidément, 2,5 mois de congés maternité, qu’elle franche rigolade pour atteindre son équilibre ! Tenez voilà un point sur lequel nous pouvons tomber d’accord, Madame Badinter : 6 mois de congés maternité pour toutes les femmes, si, si, je vous ai entendu le dire. Voici un bon combat à mener. Et juste en suivant ce congé, la même chose pour les pères, comme les Suédois…

Pour conclure, et pour la petite histoire, une librairie toulousaine a refusé de vendre le livre que j’ai écris avec Laura Boil, photographe « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » (éditions « Un autre reg’art »), par « militantisme féministe ». Je ne sais si la libraire avait pris le temps d’en feuilleter les pages, d’en regarder les photos : en aucun cas il n’est question d’un « retour de la femme au foyer », d’avantage d’un droit de la femme à allaiter, s’il elle veut, où elle veut, comme elle veut.

 

Un bébé parfait

C’est le vôtre ? Quelle chance ! Ou bien êtes-vous persuadés que cette perle habite seulement chez vos voisins, vos amis, vos cousins ? Cela reste à voir.

Bébé est né et il a, a priori, tout ce qu’il faut : une tête adorable, de toutes mignonnes mains, des petons à croquer, bref il est parfait. Sauf que…

vanessa&swannblogSauf qu’il n’a pas été livré avec le mode d’emploi.
Sauf que Maman, seule à seule avec lui, se sent désemparée, incompétente : est-ce qu’il a faim ? Est-ce qu’il a mal ? Est-ce que je fais bien ?
Sauf que Papa ne sait pas comment s’y prendre avec un bébé et une femme qui pleurent tous les deux ensemble.
Sauf que dans tous les magazines vous avez vu de magnifiques photos de bébés souriants aux anges, dans les bras de leurs parents beaux à couper le souffle, visages attendris, attentifs, amoureux, affectueux et que si, vous, là, à l’instant T, on vous prenait en photo ce serait plutôt du genre les zombies arrivent et faites gaffe ils se sont reproduits.
Sauf que vous vous sentez carrément seuls face à ce qui vous tombe dessus et ce malgré les innombrables conseils dont les uns et les autres ne manquent pas de vous abreuver.

STOP ! PATIENCE… PATIENCE… Avoir un enfant est une aventure absolument incroyable, mais une Aventure avec un grand A : il y a et il y aura des hauts et des bas, on ne sait pas à l’avance ce que chaque jour nous apportera. Le temps est un allié précieux pour devenir parent.

Et si on parlait allaitement ? Tout pareil que si on n’en parlait pas, avec, quand même, un « chouillat » de pression supplémentaire. Parce que dans une société qui incite à ce que tout soit cadré, parfait, nickel, dès le départ, le côté « non quantifiable » de l’allaitement pose souci.

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Bon, maintenant il faut qu’il MANGE

J’ouvre une parenthèse avant d’en venir au cœur de mon sujet, aujourd’hui la diversification alimentaire : (désolée pour mon absence ces dernières semaines : je ne cesse de parler allaitement par l’intermédiaire du livre et de l’exposition « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » et j’ai du mal à reprendre mon souffle pour me mettre à écrire… Je vais faire en sorte de renouer avec mon rythme hebdomadaire et remercie d’avance les personnes qui me lisent régulièrement pour leur indulgence) parenthèse refermée !

Et bien oui il faut qu’il mange ce bébé, que les choses sérieuses commencent enfin, parce qu’avant, il faut bien le dire, c’était de la franche rigolade… Je plaisante bien sûr. J’avoue que j’ai moi-même longtemps eu du mal lorsqu’une maman allaitante me disait « il a mangé à telle heure » ; « il veut encore manger, c’est normal ? », tellement pour moi manger et téter étaient deux actes différents. Ou plutôt tellement l’action de téter dépassait largement le cadre de l’alimentation : évidemment bébé se nourrit en tétant, mais il fait simultanément tant d’autres choses, se rassurer, se consoler, humer de bonnes odeurs, se soigner, se faire câliner, s’endormir, etc. Il fallait de ce fait à mon cerveau une fraction de seconde pour comprendre que manger signifiait téter… Un peu idiot non ? Du coup il n’est peut-être pas étonnant que beaucoup de personnes imaginent également, dans un sens moins positif, que téter ce n’est pas vraiment manger.

bébécuillèreRappelons deux points qui me semblent important :

  1. le lait, quel qu’il soit (j’ai toutefois une large préférence pour le lait maternel ;)) reste l’aliment principal du petit humain jusqu’aux alentours de ses 1 ans ; la diversification est donc au départ davantage une découverte de nouvelles textures (et goûts pour les bébés non nourris au lait maternel) qu’un moyen de se nourrir et de grossir.
  2.  L’OMS invite les mamans du mondes entier à allaiter leur bébé exclusivement jusqu’aux 6 mois de celui-ci.

De plus en plus souvent, je rencontre des femmes à qui « on » (je n’insisterai pas sur l’identité du « on », j’espère réussir à y revenir dans un prochain article) dit qu’il est bon de commencer la diversification dès 4 mois. Sans forcément qu’il y ait une argumentation à cela. J’ai même lu récemment « il est important que bébé ait goûté le maximum de choses entre 4 et 7 mois »… Parfois j’ai l’impression qu’il y a un joyeux amalgame entre ce qui est dit par les instances officielles et ce que certains professionnels de l’agro-alimentaire aimeraient qu’il se passe dans la réalité. On parle par exemple effectivement de « fenêtres d’opportunité » entre 4 et 7 mois pour l’introduction de gluten ou d’aliments allergènes dans certaines familles au terrain allergique avéré. Et hop tout le monde s’engouffre dans ces fenêtres qui se transforment en portes voire en immenses baies vitrées ! Lire la suite

J’allaite ou j’allaite pas ?

Enceinte depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, notre tête fourmille de questions en tout genre. Celle-ci peut en faire partie. Ou pas.

Je m’explique. Soit pour nous l’allaitement s’impose comme une évidence parce que toutes les femmes de notre famille l’ont fait et que cela nous semble logique à l’issue de la grossesse ; ou bien parce que l’on s’est renseignée, on a lu, on en a parlé autour de nous et que la raison nous fait penser que « c’est le mieux pour le bébé » ; ou bien enfin parce c’est une évidence un point c’est tout pour une cause qui nous est totalement inconnue, peut-être par esprit de contradiction (c’est ce qui m’est arrivée alors que cela fait belle lurette qu’on n’allaite plus dans ma famille…) .

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Soit pour nous le « non-allaitement » est un fait indiscutable ; parce que notre entourage ne nous a rapporté que des mauvaises expériences, douloureuses, contraignantes et donc peu encourageantes ; parce que l’idée même d’utiliser notre corps pour cela nous répugne, on ne sait pas vraiment pourquoi, mais c’est comme ça ; parce que cela nous semble normal, plus facile, plus pratique. Bref, on donnera le biberon sans hésiter.

Et puis il y a toutes les femmes qui ne savent vraiment, vraiment pas que faire en la matière, et pour lesquelles cette question est permanente.

S’INFORMER

Que l’on soit dans une certitude totale quant à notre décision (envie ou pas envie) ou dans un brouillard des plus opaques, je ne peux qu’inviter chacune à S’INFORMER avant l’arrivée de bébé. S’informer cela ne veut pas dire seulement discuter avec la bonne copine, la mère ou la voisine, lire ce qu’en dit la presse « familiale », ou prendre pour argent comptant ce qui nous est dit à la maternité. Non, s’informer véritablement pour faire un choix véritablement éclairé c’est aller bien au-delà de tout ça. C’est lire des livres ou revues consacrés exclusivement à l’allaitement, écrit par des personnes formées à la question ; c’est participer, en dehors de toute structure médicale, à des rencontres de soutien de mères à mères pour y piocher ce qui nous convient, voir ce que vivent les autres, et nous faire ensuite notre propre idée ; c’est faire éventuellement appel à un professionnel de l’allaitement (IBCLC ou DU d’allaitement) pour avoir une personne ressource à contacter si besoin.

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