« Allaiter son enfant = rester à la maison » ou quelques mots pour Mme Badinter

Vendredi 29 janvier 2016, publication d’une étude sur les bienfaits de l’allaitement dans « The Lancet », tous les médias français s’en font l’écho du Monde à L’Express en passant par Ouest-France, La Dépêche et France Inter. Sans jeu de mots idiot, je vous assure que je « buvais du petit lait » tellement ce qui est dit me fait du bien à entendre.

J’écoute France-Inter, l’émission La Tête au Carré. Interview du Dr Marie Thirion, que vous pouvez écouter ou réécouter ici (de la 31ème mn à la 40ème). Claire, précise, directe, elle conclut grosso modo en disant qu’en France, à l’heure actuelle, il est quasiment impossible aux femmes de suivre les recommandations de l’OMS, à savoir allaitement exclusif jusqu’à 6 mois puis en complément d’une alimentation solide jusqu’à 2 ans, étant donné la culture de l’allaitement inexistante dans notre société (voici toutes les femmes allaitantes hissées sur un piédestal, devenues des héroïnes, ce dont je suis de plus en plus convaincue…)

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Et puis voilà, comme nous sommes en France, que les féministes ont gagné de longue date (et tant mieux) la possibilité d’être sollicitées pour tout sujet en lien avec la femme, une intervention de Madame Elisabeth Badinter est diffusée au cours de l’interview. Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, voici ce qu’en dit Wikipédia : « Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt, est femme de lettres, philosophe, féministe et femme d’affaires française.   Elle est surtout connue pour ses réflexions philosophiques qui interrogent le féminisme et la place des femmes dans la société (…) »

Je vous laisse écouter sa prise de position sur le « modèle de la mère parfaite » et vous faire votre propre opinion sur celle-ci, mais ne peux laisser passer sans rien dire l’affirmation suivante : « Quand vous allaitez 24H/24H pendant 6 mois vous ne pouvez pas évidemment quitter votre maison. »

Il serait bon, Madame Badinter, que vous cessiez de penser que les mères actuelles sont les mêmes femmes que celles des années 60 ou 70 (rendons à César ce qui lui appartient : en grande partie grâce au formidable travail mené par vous et vos consoeurs féministes de l’époque qui a notamment permis aux femmes de se réapproprier leur corps…). Il serait bon que vous cessiez de parler d’un sujet que vous ne connaissez visiblement absolument pas. Il serait bon que vous cessiez de participer à véhiculer des mythes et des idées reçues sur l’allaitement maternel.

Les jeunes femmes qui décident d’allaiter aujourd’hui bougent, sortent, aiment, travaillent, bref VIVENT. Le ou les premiers mois (à elles de faire comme elles veulent) elles emmènent leur bébé partout ce qui ne me paraît pas « anormal », qu’il soit allaité ou non d’ailleurs. Peu à peu, chacun trouve ses marques et la vie se réorganise, à l’image de ce que chacune souhaite vivre. Pour peu que la société dans son ensemble leur en donne les moyens, parce que, décidément, 2,5 mois de congés maternité, qu’elle franche rigolade pour atteindre son équilibre ! Tenez voilà un point sur lequel nous pouvons tomber d’accord, Madame Badinter : 6 mois de congés maternité pour toutes les femmes, si, si, je vous ai entendu le dire. Voici un bon combat à mener. Et juste en suivant ce congé, la même chose pour les pères, comme les Suédois…

Pour conclure, et pour la petite histoire, une librairie toulousaine a refusé de vendre le livre que j’ai écris avec Laura Boil, photographe « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » (éditions « Un autre reg’art »), par « militantisme féministe ». Je ne sais si la libraire avait pris le temps d’en feuilleter les pages, d’en regarder les photos : en aucun cas il n’est question d’un « retour de la femme au foyer », d’avantage d’un droit de la femme à allaiter, s’il elle veut, où elle veut, comme elle veut.

 

Inexium, Gaviscon… je vous mets autre chose ?

Je vous informe d’une épidémie absolument épouvantable qui touche tous les bébés de manière générale, mais j’ai l’impression qu’elle est encore plus présente chez les bébés allaités : le RGO. Qu’est-ce que ce truc là ? C’est contagieux ? Le Reflux Gastro Oesophagien. A priori ce n’est pas contagieux puisque « mécanique » or il y a comme une épidémie qui se propage pourtant depuis plusieurs années. A toute épidémie, ses molécules chimiques toutes puissantes qui en règlent « magiquement » les symptômes : des médicaments.

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Je pense que vous sentez ma pointe d’agacement. Loin de moi l’idée de dire que le RGO n’existe pas. De nombreux bébés en souffrent véritablement comme de nombreux bébés sont multi-allergiques, allergies très souvent cause de RGO. Des bébés qui vont mal et dont les mamans ne sont pas prises au sérieux parce qu’elles allaitent et que tout ce qui ne va pas bien chez leur bébé est « la faute de l’allaitement », non celle d’une éventuelle difficulté physiologique chez leur enfant. Des parents qui ont vécu cela pourront, je l’espère apporter leur témoignage en complément de ces lignes.

Aujourd’hui je m’intéresse plutôt à ces « bébés RGO » qui ont eu le malheur qu’on leur appose très rapidement cette étiquette. Parce qu’ils pleurent beaucoup, parce qu’ils sont énervés pendant la tétée, parce qu’ils se tortillent et semblent souffrir après la tétée. Visiblement ils ne vont pas bien. Ils ont besoin d’aide, tout autant que leurs parents douloureusement impuissants. Mais cette aide doit-elle forcément être médicamenteuse ?

Je me souviens de cette amie, il y a très longtemps, alors que nos bébés avaient 3 mois qui me disait « c’est dingue le nombre de médicaments qu’ils prennent à cet âge ! » et moi de la regarder avec certainement une lueur d’incompréhension dans l’oeil en répondant un « heuuuuu, j’sais pas » peu soutenant.

Je me souviens aussi  plus récemment de ce bébé dont la maman, encore à la maternité disait, « mon deuxième bébé RGO »… Comme si c’était le deuxième petit brun, ou la deuxième petite fille ! En discutant, je lui ai proposé de laisser du temps à son nourrisson pour trouver ses marques. Il venait juste de débarquer parmi nous et il ne rentrait pas aussitôt dans un moule ? Rien de plus normal non ? Je vais encore une fois reprendre une de mes phrases favorites : bien souvent le temps est un allié en matière d’allaitement ; 8 jours plus tard, la maman reconnaissait que son tout petit n’avait rien d’un « bébé RGO »…

Dans mes consultations allaitement il m’arrive  bien sûr de voir des bébés tendus, clairement mal à l’aise ; alors, avec leurs parents, je cherche des pistes… Comment se passe la journée ? Est-ce qu’il semble agité ainsi après chaque tétée ? Qu’en est-il des tétées de nuit ? Y a t-il des allergies dans la famille ? Pouvez-vous me raconter sa naissance ? Quelle est votre position d’allaitement favorite ? Pouvez-vous me décrire une tétée ? Etc, etc… Cela prend certes du temps. Un temps précieux pour écouter, accueillir, accompagner, envisager différentes solutions. Un temps qui permet d’aller à la rencontre de cet inconnu qu’est le nouveau-né. Ensemble nous ne manierons pas une baguette magique qui aplanira toutes les difficultés, mais ensemble nous tenterons d’aller à la découverte de la cause plutôt que de stopper l’effet systématiquement à l’aide de la chimie.

  • Pour information, les éléments diffusés auprès du grand public donnent la posologie de l’Inexium, sur prescription médicale, uniquement pour adultes et enfants de plus de 12 ans, pour les enfants à partir de 1 an, il faut consulter la notice. Rien donc sur les nourrissons…
  • Quant au Gaviscon, voici la posologie habituellement recommandée auprès du grand public, toujours sur prescription médicale :
    – Nourisson de 4 à 18 mois: 2,5 ml de suspension buvable Nourrisson après    chacun  des 4 repas.
    – Nourisson de 2 à 4 mois : 2 ml de suspension buvable Nourrisson après chacun des 5 repas.
    – Nourisson de 1 à 2 mois : 1,5 ml de suspension buvable Nourrisson après     chacun des 5 repas.
    – Nouveau-né de 0 à 1 mois : 1 ml de suspension buvable Nourrisson après     chacun des 6 repas.

         Ce qui sous-entend que bébé est réglé comme une horloge suisse dans le rythme              de ses tétées… 

Un bébé parfait

C’est le vôtre ? Quelle chance ! Ou bien êtes-vous persuadés que cette perle habite seulement chez vos voisins, vos amis, vos cousins ? Cela reste à voir.

Bébé est né et il a, a priori, tout ce qu’il faut : une tête adorable, de toutes mignonnes mains, des petons à croquer, bref il est parfait. Sauf que…

vanessa&swannblogSauf qu’il n’a pas été livré avec le mode d’emploi.
Sauf que Maman, seule à seule avec lui, se sent désemparée, incompétente : est-ce qu’il a faim ? Est-ce qu’il a mal ? Est-ce que je fais bien ?
Sauf que Papa ne sait pas comment s’y prendre avec un bébé et une femme qui pleurent tous les deux ensemble.
Sauf que dans tous les magazines vous avez vu de magnifiques photos de bébés souriants aux anges, dans les bras de leurs parents beaux à couper le souffle, visages attendris, attentifs, amoureux, affectueux et que si, vous, là, à l’instant T, on vous prenait en photo ce serait plutôt du genre les zombies arrivent et faites gaffe ils se sont reproduits.
Sauf que vous vous sentez carrément seuls face à ce qui vous tombe dessus et ce malgré les innombrables conseils dont les uns et les autres ne manquent pas de vous abreuver.

STOP ! PATIENCE… PATIENCE… Avoir un enfant est une aventure absolument incroyable, mais une Aventure avec un grand A : il y a et il y aura des hauts et des bas, on ne sait pas à l’avance ce que chaque jour nous apportera. Le temps est un allié précieux pour devenir parent.

Et si on parlait allaitement ? Tout pareil que si on n’en parlait pas, avec, quand même, un « chouillat » de pression supplémentaire. Parce que dans une société qui incite à ce que tout soit cadré, parfait, nickel, dès le départ, le côté « non quantifiable » de l’allaitement pose souci.

Lire la suite « Un bébé parfait »

Et si un jour…

Et si un jour, la manière d’aborder l’allaitement en France changeait…

Entendons nous bien : je n’aime vraiment pas les généralités et j’apprécie énormément le proverbe asiatique qui dit « un arbre qui tombe fait plus de bruit que mille arbres qui poussent ». Mais trop c’est trop : un jour, promis, je m’intéresserai à tous ceux qui poussent mais pour l’heure le baobab qui tombe fait un bruit vraiment trop assourdissant : je recueille quotidiennement trop d’énormités transmises sur l’allaitement par… des professionnels de santé.

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Petit florilège de contre-vérités :

  • « Mon médecin nous a dit que mon lait n’était plus assez nourrissant ; je dois passer au lait artificiel. J’en suis très triste mais mon mari m’a dit que le médecin savait quand même de quoi il parlait ! » ;
  • « L’ostéopathe dit à toutes les femmes qui allaitent de donner de l’eau à leur bébé avant la tétée sinon il va se déshydrater » ;
  • « Ma sage-femme m’a demandé de tirer mon lait et de lui donner au biberon pour voir combien je produis de lait » ;
  • « Mon pédiatre m’a dit qu’il était temps de commencer la diversification quand elle avait 4 mois. Je dois lui donner 1 tétée le matin, vers 12 h. 30 une purée et une compote, entre 16 h. et 17 h. 30 un yaourt et une compote, vers 19 h. 30 la tétée du soir. Je ne comprends pas parce que, depuis, elle se réveille 2 fois par nuit et elle tète avec appétit. Quand j’en ai parlé au pédiatre il m’a dit de lui donner une compote avant de la coucher. » (vu le régime imposé rien d’étonnant que bébé soit affamé ; donner du sucre avant de dormir, bien sûr, ça cale et ça calme ;( )
  • « Mon bambin avait la gastro et mon médecin m’a dit d’arrêter l’allaitement parce que ça donne la diarrhée » ;
  • « Mon médecin n’a pas voulu que je donne la tétée à mon bébé pendant qu’elle le vaccinait parce qu’un jour un bébé a régurgité sur elle » ;
  • « Ma sage-femme m’a dit que tout allait bien parce que mon bébé de 4 semaines prend du poids et que ce n’était pas grave s’il n’avait pas de selles. Mais moi je vois bien qu’il se tord de douleur et qu’il a mal » ;
  • « Mon pédiatre m’a affirmé que ce que dit l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) c’est dépassé maintenant. » 

Je pourrais malheureusement continuer encore longtemps comme cela. J’avoue que j’ai du mal à comprendre : pourquoi des personnes qui, a priori, possèdent plutôt une vision scientifique des choses, qui ont appris à se fier à la preuve plutôt qu’à l’idée, utilisent leur pouvoir (car oui leur pouvoir est immense sur des parents qui cherchent le mieux pour leur enfant) pour diffuser des idées fausses tout autant qu’infondées ? J’ai sans doute une trop haute opinion d’eux… ce qui ne peut que me pousser à être déçue.

Je suis une indécrottable rêveuse qui essaie de faire en sorte que ses rêves deviennent réalité, alors pourquoi pas… Et si un jour la majorité des professionnels de santé :

  • pouvaient répondre à une question sur l’allaitement « Désolé, je ne sais pas, je vous invite à contacter telle ou telle personne (association de soutien de mères à mères, consultant en lactation IBCLC ou autre professionnel de santé formé) qui pourra sans doute vous apporter une réponse » ;
  • pouvaient au moins se sensibiliser à la réalité de l’allaitement maternel plutôt que de contribuer à la diffusion de mythes et d’idées reçues, en se documentant auprès de sources officielles et validées ; sans pour autant croire qu’ils savent tout sur le thème (l’allaitement maternel est loin d’être une science exacte et on en apprend tout les jours en la matière) ;
  • pouvaient favoriser l’accès à un choix véritablement éclairé en refusant de faire gracieusement de la publicité aux fabricants de préparations lactées pour nourrissons (non ce n’est pas innocent un sous-main, une toise ou un pot à crayon à leurs couleurs) et en renvoyant le cas échéant vers d’autres ressources ;
  • pouvaient, si le sujet les intéresse, se former réellement et régulièrement à la question. Rappelons que les Consultants en lactation IBCLC doivent, s’ils veulent conserver leur certification IBCLC, apporter la preuve de leur formation continue au bout de 5 ans d’exercice et ont obligation de repasser l’examen au bout de 10 ans. A contrario, plusieurs médecins et sages-femmes que j’ai rencontrés m’ont affirmé qu’ils ne considéraient pas s’y connaître en allaitement à l’issue de leur formation initiale. En France il existe plusieurs possibilités de formation : DIU allaitement délivré en université, CREFAM, ACLP, Co-Naître, AM-F, parmi d’autres.

Voilà, si un jour tout ceci devenait réalité, il me semble qu’un immense pas aura été fait pour l’allaitement maternel en France. Je sais que beaucoup ont déjà relevé leurs manches pour s’atteler à la tâche. Heureusement. Et grand merci à chacun d’eux.

Bon, maintenant il faut qu’il MANGE

J’ouvre une parenthèse avant d’en venir au cœur de mon sujet, aujourd’hui la diversification alimentaire : (désolée pour mon absence ces dernières semaines : je ne cesse de parler allaitement par l’intermédiaire du livre et de l’exposition « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » et j’ai du mal à reprendre mon souffle pour me mettre à écrire… Je vais faire en sorte de renouer avec mon rythme hebdomadaire et remercie d’avance les personnes qui me lisent régulièrement pour leur indulgence) parenthèse refermée !

Et bien oui il faut qu’il mange ce bébé, que les choses sérieuses commencent enfin, parce qu’avant, il faut bien le dire, c’était de la franche rigolade… Je plaisante bien sûr. J’avoue que j’ai moi-même longtemps eu du mal lorsqu’une maman allaitante me disait « il a mangé à telle heure » ; « il veut encore manger, c’est normal ? », tellement pour moi manger et téter étaient deux actes différents. Ou plutôt tellement l’action de téter dépassait largement le cadre de l’alimentation : évidemment bébé se nourrit en tétant, mais il fait simultanément tant d’autres choses, se rassurer, se consoler, humer de bonnes odeurs, se soigner, se faire câliner, s’endormir, etc. Il fallait de ce fait à mon cerveau une fraction de seconde pour comprendre que manger signifiait téter… Un peu idiot non ? Du coup il n’est peut-être pas étonnant que beaucoup de personnes imaginent également, dans un sens moins positif, que téter ce n’est pas vraiment manger.

bébécuillèreRappelons deux points qui me semblent important :

  1. le lait, quel qu’il soit (j’ai toutefois une large préférence pour le lait maternel ;)) reste l’aliment principal du petit humain jusqu’aux alentours de ses 1 ans ; la diversification est donc au départ davantage une découverte de nouvelles textures (et goûts pour les bébés non nourris au lait maternel) qu’un moyen de se nourrir et de grossir.
  2.  L’OMS invite les mamans du mondes entier à allaiter leur bébé exclusivement jusqu’aux 6 mois de celui-ci.

De plus en plus souvent, je rencontre des femmes à qui « on » (je n’insisterai pas sur l’identité du « on », j’espère réussir à y revenir dans un prochain article) dit qu’il est bon de commencer la diversification dès 4 mois. Sans forcément qu’il y ait une argumentation à cela. J’ai même lu récemment « il est important que bébé ait goûté le maximum de choses entre 4 et 7 mois »… Parfois j’ai l’impression qu’il y a un joyeux amalgame entre ce qui est dit par les instances officielles et ce que certains professionnels de l’agro-alimentaire aimeraient qu’il se passe dans la réalité. On parle par exemple effectivement de « fenêtres d’opportunité » entre 4 et 7 mois pour l’introduction de gluten ou d’aliments allergènes dans certaines familles au terrain allergique avéré. Et hop tout le monde s’engouffre dans ces fenêtres qui se transforment en portes voire en immenses baies vitrées ! Lire la suite « Bon, maintenant il faut qu’il MANGE »

Un livre de photos sur l’allaitement : pourquoi faire ?

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Voilà, il est né le « bébé » que Laura Boil, photographe, et moi-même, consultante en lactation IBCLC, avons concocté pour vous depuis presque 2 ans. Il est tout beau, tout blanc, tout noir et blanc, tout en douceur, comme nous l’avions imaginé. Il s’appelle « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » et c’est la maison d’édition « Un autre reg’art », si bien nommée, qui lui a donné vie. Evidemment nous ne sommes pas objectives mais nous sommes fières de notre travail et nous serions profondément touchées qu’il puisse plaire au plus grand nombre.

Alors, oui, pourquoi un tel livre, ni guide pratique, ni « beau » livre condamné aux rayonnages d’une étagère de présentation ?

Pour parler d’allaitement à tous.

Pour montrer des situations quotidiennes, des moments difficiles, d’autres plus apaisés.

Pour écarter définitivement du regard de chacun des mythes et des idées reçues (du genre : « Pas possible d’allaiter quand on est malade, quand on a des jumeaux, quand on a débuté avec un biberon, quand on reprend le travail, quand on voyage, quand on veut que le papa participe, etc. ») qui ont encore trop la vie dure.

Pour aller chatouiller la curiosité des unes et des autres et peut-être leur donner juste l’envie de se dire « finalement pourquoi pas ? » ou en tout cas l’envie de s’informer un peu plus qu’elles ne l’auraient fait initialement.

Pour ouvrir la discussion sur le sujet de l’alimentation du nourrisson, sans férocité, sans agressivité, mais dans le respect du chemin de chacune, quel qu’il soit.

Bref, un livre de photos sur l’allaitement maternel dont nous rêvons qu’il passe de mains en mains, pour contribuer, à notre niveau, au fait que l’allaitement reprenne la place banale qui devrait encore être la sienne dans notre quotidien. Pour contribuer aussi au fait que chacune puisse avoir envie de s’informer quelle que soit son histoire personnelle ou celle de sa famille. Que chacune puisse suivre son propre chemin sans prêter attention aux regards des autres.

A vous de voir… mais si vous l’aimez merci de le laisser vagabonder des uns aux autres ; merci de le prêter, de l’offrir, de le transmettre. Vous ferez ainsi de notre rêve, une réalité.

Pour se le procurer, c’est ici ! Merci à vous.

Alors, il fait ses nuits ?

Elle résonne encore à vos oreilles cette petite phrase ?

De la grand-mère bien intentionnée au commerçant attentif, du collègue de travail railleur, à la bonne copine agacée de voir ses amis fatigués, tous l’ont à la bouche cette question qui nous mine. Faisons grâce à bébé de quelques semaines : elle commence souvent seulement aux alentours des 1 mois pour ne presque plus s’arrêter… Si bébé est au biberon on va chercher des causes multiples et variées : « il fait ses dents » ; « il a eu une journée agitée » ; « il a mal au ventre », etc.

Quand on allaite, je vous assure que c’est beaucoup plus simple : parce que s’il ne « les fait pas » ces satanées nuits, c’est bien évidemment de la faute de l’allaitement. Lait pas assez riche, mauvaises habitudes prises, trop de proximité, j’en passe et des meilleures, des fausses bonnes raisons d’accuser l’allaitement de nos nuits agitées.

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A tous je vais dire un truc : un enfant n’a le même rythme de sommeil qu’un adulte pas avant…, cela va dépendre, 4 ou 5 ans… C’est PHYSIOLOGIQUE. Il y aura bien sûr les exceptions qui confirmeront la règle et dormiront dès la maternité 5 heures d’affilé (ça c’est une nuit pour un nourrisson, pas pour ses parents 😉 Attention, bébé allaité qui fait ainsi sa nuit aussi vite peut ne pas se nourrir suffisamment. Vigilance absolue nécessaire !), ceux qui les feront à 2 ou 3 mois et puis… se réveilleront à nouveau 2 mois plus tard, ceux qui mettront longtemps, longtemps, trop longtemps pour leurs parents. Puis tous ceux qui ne cesseront de faire des allers retours entre des plages de sommeil courtes et longues.

Je ne cesserai de me répéter : nous sommes tous différents. Pour le sommeil c’est la même chose, il y a les gros et les petits dormeurs ; ceux qu’un vol de papillon réveillent et ceux qui « dorment comme un bébé »  (curieuse cette expression non ?) même à côté d’un marteau-piqueur.

Alors comment survivre me direz-vous ? Peut-être en imaginant des solutions transitoires qui permettent à tous d’avoir un temps de repos optimal : une chambre familiale par exemple, où grands et petits DORMENT ; un matelas posé au sol dans la chambre de l’enfant pour finir sa nuit avec lui, peut-être pendant qu’il joue de son côté (si si c’est possible, quand on est fatigué, fatigué, fatigué) ; des matelas de camping qui surgissent ponctuellement dans la chambre des parents pour les enfants plus grands ; ou encore un enfant qui va dormir (mieux) avec ses frères et sœurs plus grands. L’important c’est de dormir, peu importe où et comment car la fatigue est la source de toutes les tensions.

L’avantage avec l’allaitement (et oui, je ne peux parler ici que de ce que je connais…) c’est quand même que tout est en un et que tout est prêt immédiatement : lait à bonne température bien sûr, mais aussi réconfort et câlins (ne me faites pas dire ce que je ne pense pas une seconde : évidemment que réconfort et câlins sont possibles avec un biberon mais il faut avant s’être levé pour le préparer, il faut le tenir un minimum et puis… pour peu qu’il soit mal fermé…). Bref, j’ai même réussi à faire des « grasses » matinée avec des petits (heu… levée à 9h. 9h30, n’exagérons rien !) simplement en nous rendormant l’un contre l’autre.

Alors s’il vous plait cessez de vous dire que votre enfant n’est pas « dans la norme » ; cessez de penser que vous faites mal. Oui, oui et oui, un bébé c’est une merveilleuse aventure mais une merveilleuse aventure EPUISANTE. Je défie tous ceux qui ont été chercher le grand frisson à l’autre bout du monde, à un rythme effréné, dans des conditions extrêmes, de revenir indemnes du voyage dans la parentalité.

Partageons nos manières de vivre nos nuits avec (malgré ?) nos petits, pour que chacune, chacun, y puise des idées et trouve sa manière nocturne de se reposer…enfin.

PS désolée pour mon silence ces dernières semaines mais je parle beaucoup allaitement par ailleurs et le temps me manque : très bientôt des nouvelles à ce sujet. Merci.

« Qui » de la sucette (tétine, « suce ») ou du sein a été « inventé » en premier ? ? ?

Comme pour tout ce qui touche à la petite enfance il y a les farouchement contre la sucette et les tout aussi fermement pour. Chacun pour des raisons bien argumentées et totalement défendables.

Tosse

En ce qui me concerne je me rangerais plutôt dans la catégorie des « non-fans » sans qu’il y ait la moindre raison scientifique à cette position. D’abord pour une question purement esthétique : voir un tout petit tout mignon « décoré » par un machin en plastique qui lui mange le visage heurte ma soif d’harmonie ! Ensuite, je me dis qu’un enfant décide lui-même de mettre ou non un doigt à la bouche, alors que la mise de la sucette est une volonté extérieure qui lui est imposée, tout au moins lorsqu’il est nourrisson ; cela va à l’encontre de mon envie d’écouter les besoins des bébés. (J’ai entendu dire qu’au Québec elle était appelée « silencieux », est-ce vrai ? Si c’est le cas, cela montre que parfois elle répond davantage aux désirs des parents que du bébé ;)). Enfin, il me semble que plus tard un bambin ayant besoin de ses deux mains pour partir à la découverte du monde, il utilise son pouce dans les seuls moments qui lui sont réellement nécessaires mais pas en jouant ou en explorant. Et puis… sa bouche est libre pour qu’il s’exprime comme il le souhaite !

Tout ceci ne m’a pas empêchée de passer de longs moments avec mon petit doigt dans la bouche de bébé pour répondre à un besoin de succion exigeant…

Et sa santé bucco-dentaire vont s’insurger les « pro » sucette ? Ben… il y a l’allaitement bien sûr ;). Voir à ce sujet des informations variées dans l’article de Muriel Defrenne,(Dr en chirurgie-dentaire, consultante en lactation IBCLC, formatrice Am-f, animatrice LLL France), Allaiter Aujourd’hui n°92.

Ceci étant dit, mon propos aujourd’hui n’a pas pour volonté de « diaboliser » ce qui est quasiment devenu dans nos sociétés le symbole des bébés. Mais plutôt de faire en sorte que la sucette soit utilisée à bon escient car elle peut avoir un impact réel et négatif sur l’allaitement.

J’ai envie de partager avec vous cette histoire qui m’a profondément marquée, puisqu’il s’agit de ma toute première consultation en tant que consultante en lactation IBCLC, il y a quelques années de cela. Une maman m’appelle à l’aide car son médecin veut qu’elle donne des compléments à sa fille de 2 mois en raison d’une faible prise de poids. Au téléphone, toute heureuse de ce premier rendez-vous, je ne prends pas vraiment conscience de la gravité de la situation, et comme je suis allergique aux chiffres, je ne retiens pas celui qui m’a été donné. Quand je vois bébé arriver, bien active, éveillée, mais sans joues rondes et potelées la réalité me rattrape : alors que la prise de poids était correcte le premier mois, Pitchounette a pris 30 g au cours du 2ème mois… 30 g seulement en 1 mois … Pour vous faire une idée, un bébé prend, en moyenne, 25 à 30 g. par jour ! ! ! Je commence à évoquer l’idée que les compléments sont vraiment nécessaires parfois et nous passons en revue ce qui a changé dans le mois précédent.

Très vite, je comprends d’où peut venir le problème : l’entourage a commencé à dire à la maman qu’elle prenait son bébé trop souvent dans les bras, qu’elle lui donnait de mauvaises habitudes, qu’elle lui donnait trop fréquemment à téter, qu’il fallait que la petite prenne la sucette pour apprendre à rester seule dans son lit. (Faisons abstraction du fait que je trouve ces paroles déplacées pour un petit bébé de 1 mois qui jusqu’à peu était bercé et nourrit 24/24 par sa maman.) Cette manière de faire, observée à la lettre par les parents pensant que c’étaient eux qui avaient tort, a conduit à une prise de poids catastrophique.

Un nourrisson peut confondre son besoin de s’alimenter et son besoin de succion : en premier lieu il est primordial de répondre au premier ; proposer le sein aux signes d’éveil est l’une des bases d’un allaitement réussi. Utiliser la tétine, seulement après des tétées efficaces, est la base d’une bonne cohabitation allaitement / sucette.

Après qu’ils aient entendu les informations que j’avais à leur transmettre pour inverser la tendance (augmenter le nombre de tétées, veiller à leur efficacité, veiller aux signes d’éveil, limiter et même supprimer pour un temps la sucette et donner un complément au sein par le biais d’un DAL* de préférence ou d’un biberon donné après chaque tétée) les parents décident de ne pas complémenter leur fille et de mettre en place mes autres propositions. Malgré tout inquiète de cette décision, je n’ai pu m’empêcher de les rappeler tous les 2 jours pour savoir comment les choses se passaient. Le poids augmente peu à peu et 7 jours plus tard le verdict tombe : 290 g pris en 7 jours !

Durant tout le dernier mois sans prise de poids, bébé était calme, ne pleurait pas, n’inquiétait pas ses parents : il avait fréquemment la sucette en bouche… Elle n’est pas seule responsable de la situation ; c’est son utilisation excessive qui est en cause. Heureusement que la lactation de la maman s’était bien installée car elle aurait aussi pu accuser une baisse de production en raison du manque de fréquence des tétées. Un problème de poids en aurait entraîné beaucoup d’autres…

Et vous, comment vous servez-vous de la tétine ? Ponctuellement ? Jamais ?Systématiquement ? Partageons nos manières de faire pour donner des idées aux uns et aux autres ! Sans rentrer s’il vous plaît dans le débat stérile du pour ou contre 😉

*DAL : Dispositif d’Aide à la Lactation qui permet de complémenter tout en laissant bébé au sein.

C’est parti !

Une fois n’est pas coutume, deux exceptions aujourd’hui :
1/ Voici un second article ;
2/ je vais très clairement faire de l’auto-promotion dans celui-ci !

satyataggée
Depuis presque 2 ans je travaille sur un projet qui me tient à cœur et que je suis heureuse de vous présenter ici. Mon travail quotidien auprès des femmes, de leurs compagnons et de leurs bébés a été à l’origine de l’idée d’une exposition photographique sur l’allaitement maternel. Chemin faisant, celle du livre a aussi germé et celui-ci paraîtra pour la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel, en octobre prochain (c’est d’ailleurs grâce à ce livre que j’ai créé ce blog : j’avais été trop frustrée de ne pas pouvoir encore plus parler d’allaitement 😉 Preuve, s’il en est , qu’une idée en amène souvent une autre…).

J’ai eu la chance de rencontrer une jeune photographe, Laura Boil (www.lauraboil.com), passionnée par la féminité, la maternité, la petite-enfance. Notre projet, intitulé « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » est en train de voir le jour et à besoin de votre soutien. Comme parfois des images parlent mieux qu’un long discours, je vous invite à vous rendre à l’adresse suivante pour en savoir beaucoup plus. La vidéo a été réalisée avec l’aide inestimable de Fabien Roquigny du studio Fab&Fab :

https://fr.ulule.com/achacunesonchemin/

Alors convaincus ? N’hésitez pas : contribuez ! Parlez-en autour de vous ! Et soyez certains d’une chose : si votre soutien est financier, c’est bien ; s’il ne l’est pas c’est bien aussi.
Merci d’avance à chacune et chacun de vous.