« Demain… je le laisse…»

Après, au pire, quelques semaines, au mieux quelques mois, maman et bébé suivent des chemins séparés durant plusieurs heures par jour. Je suis toujours impressionnée par la détermination de ces femmes, à qui ont ne facilite pas forcément la tâche, qui décident de poursuivre leur allaitement à la reprise du travail.

J’ai aussi envie de dire à toutes celles qui pensent  a priori  que ce n’est pas possible pour elles, qu’il y a plein de façons différentes d’allaiter tout en travaillant. Tout dépendra de l’âge de bébé à la reprise, de l’envie ou la non-envie de maman d’exprimer son lait, de la durée de la séparation, enfin, et surtout, de ce que chacune souhaite vivre à ce moment-là, avec cet enfant-là.

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Salle d’allaitement d’Airbus Toulouse : un lieu d’intense activité…

 

Certaines vont tirer leur lait et le confier à la personne qui accueille leur tout-petit pour qu’il continue d’en bénéficier ; d’autres vont décider de donner du lait artificiel en leur absence et proposer leur lait à la source sans restriction, de jour comme de nuit, week-end compris, dès qu’elles seront avec bébé (condition qui peut être indispensable pour que la lactation se maintienne correctement, un minimum de 3 stimulations par 24h. étant nécessaire) ; d’autres encore vont trouver toutes les solutions possibles pour que la reprise soit plus tardive, même si les conditions économiques ne sont pas faciles, afin que bébé soit plus grand le moment venu ; d’autres enfin, vont s’acheminer vers un sevrage en douceur, diminuant peu à peu les tétées.

C’est pour cela qu’il est important de « préparer » la reprise du travail. Bien trop souvent, dans l’inconscient collectif, « préparer la reprise du travail » = « faire prendre un biberon à bébé ». A mon sens, ceci est loin d’être la priorité, même si cela peut faire partie des questions à se poser. D’abord parce que bébé saura très bien qu’à la maison c’est d’une manière et qu’à la crèche ou avec nounou c’est d’une autre. Et puis s’il n’en veut décidément pas le biberon n’est pas une obligation, on trouvera une autre solution. Ensuite, parce que cela peut engendrer du stress à la fois chez les parents, le bébé et la ou les personnes qui l’accueilleront (autant profiter du moment présent avec bébé pour l’allaiter sans se poser de question…). Enfin, parce qu’il y a tant d’autres choses à envisager, pêle-mêle : allongement possible du congé maternité ? Poursuite d’un allaitement exclusif ou mise en place d’une alimentation mixte ? Tirer son lait avec un tire-lait ? Lequel ? Dans quelles conditions ? Aménagement des horaires de travail ? Quelle connaissance la nounou ou la crèche ont de l’allaitement ? Effectivement, quand même, comment lui donner le lait ? Etc, etc…

Alors oui, préparer son retour au travail en faisant une liste de ce qui nous conviendrait à nous, en s’informant auprès d’autres femmes qui ont vécu ce passage (le blog « A tire d’ailes », blog des femmes qui allaitent et travaillent, de ma collègue Véronique Darmangeat est une ressource richissime ; des réunions de soutien à l’allaitement le sont également), en se documentant, en dialoguant avec papa et nounou, bref en cherchant des pistes. Sans oublier, encore et toujours, de vérifier que l’information que l’on nous transmet n’est pas de l’ordre de la rumeur infondée mais bel est bien un élément valide et validé. L’allaitement est loin d’être une science exacte, deux belles inconnues s’y rencontrent : une femme et son enfant. Deux individualités qui, depuis qu’elles se sont prises dans les bras, apprennent à vivre ensemble, s’apprivoisent peu à peu. La reprise du travail est une nouvelle étape de découverte, qui va peut-être se passer sans aucun souci ; qui va peut-être donner lieu à des doutes et des hésitations, des ajustements nécessaires, des allers et des retours en arrière ; étape qui va, à coup sûr, faire grandir tout le monde.

Une de mes amies, animatrice à La Leche League, m’a récemment raconté comment, il y a une quinzaine d’années, alors qu’elle installait une exposition sur l’allaitement dans un hôpital parisien, une pédiatre l’avait verbalement (et violemment) agressée, lui disant en substance qu’elle pouvait dire ce qu’elle voulait sur l’allaitement mais que « ça » c’était de la foutaise, que c’était entretenir les femmes dans un mensonge, qu’il fallait immédiatement qu’elle enlève ses affiches sur le sujet. «Ça» c’était « Allaiter et travailler, c’est possible »… Depuis, un long chemin a été parcouru, pas forcément dans les textes de loi (cf texte de V. Darmangeat sur la question) mais dans l’esprit des femmes : oui, elles savent que c’est possible ; elles savent aussi qu’il va parfois falloir qu’elles s’imposent. Il reste encore beaucoup à faire en la matière pour continuer à faire avancer les choses, à faire bouger les mentalités et évoluer les pratiques : nous sommes chacune l’un des maillons de la chaîne, agissons chacune à notre niveau.

Je continue à rêver…

« Je vais allaiter… si j’peux »

Durant 3 journées passées au salon Baby de Toulouse (soit dit en passant, « haut lieu du non-allaitement » 😉 ), voici ce que j’ai le plus souvent entendu. Ou comment, dès le début de leur histoire de maman, les jeunes femmes doutent de leur capacité à nourrir leur bébé.

Rien de franchement étonnant à cela.

Pas ou peu de transmission entre générations, une information prénatale hétéroclite, voire inexistante (de peur de « culpabilisation ») pour faire un choix véritablement éclairé, un soutien tout autant disparate, une société dans son ensemble plus encline à la «frileuse neutralité» plutôt qu’à l’information, des rumeurs sans fondement qui continuent à courir, courir, sans perdre haleine un seul instant et, « last but not least », un marketing, voire un lobbying, omniprésent des grandes firmes fabriquant du lait artificiel.

Nous avons tous totalement oublié que l’aliment premier de l’espèce humaine était celui produit par la mère du petit humain. L’amnésie est telle, sous prétexte de « liberté », que de nombreux parents ne réalisent même plus que la grande majorité des substituts d’alimentation pour nourrissons sont fabriqués à partir de lait de vache (véridique : la question m’a été posée la semaine dernière encore…)

Regardez ce que l’on propose à ces jeunes femmes qui doutent :

Rien de mieux, mesdames, pour vous conforter dans l’idée que votre corps est incapable de fournir ce qui est bon pour votre bébé ; ou qu’en tout cas, il a besoin d’être « boosté » sérieusement pour y parvenir.

Alors je vous propose de revenir à beaucoup plus de simplicité afin d’avoir suffisamment de lait :

1/ veiller à ce que bébé tète efficacement en moyenne 8 à 12 fois par 24h. ;
2/ s’alimenter « correctement », de la même manière que pendant la grossesse, ni plus, ni moins tant en quantité qu’en qualité ;
3/ boire à sa soif, ni plus, ni moins…
4/ avoir une confiance inébranlable (la vôtre et celle de votre compagnon) en vos capacités à répondre totalement aux besoins de votre tout petit.

En conclusion nul besoin de vous gaver de soit-disantes « potions magiques » sensées « favoriser naturellement » la lactation ! ! !

Je pense que vous percevez mon agacement aujourd’hui. Tellement l’impression parfois de me battre, tel Don Quichotte, contre des moulins à vent… Une petite touche de douceur pour finir ? (Quoique…)
Voici le coin allaitement que j’avais installé sur mon stand lors de l’événement mémorable dont je parlais au début de ce texte :

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Mignon ? Cosy ? Trop petit ? Ben oui, pas de réel « espace bébé » tout cocooning, tout en douceur, tout en accueil, pour bébés au sein ou au biberon, que mes collègues consultantes en lactation et moi avions proposé d’aménager (gracieusement) aux organisateurs. Et pourtant il y avait de la place.

Cela ne devait pas suffisamment rapporter d’espèces sonnantes et trébuchantes… En tout cas mon fauteuil a fait plusieurs heureux.

Allez, promis, je continue à rêver malgré tout…

 

Parler d’allaitement ou « l’art de marcher sur des œufs »

Quel opportunisme allez-vous me dire en lisant ce titre : publier un tel article aux lendemains de Pâques… Que vous le croyez ou non, cela fait un moment qu’il me trotte dans la tête et que je viens juste de réaliser combien il était d’actualité.

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La semaine dernière, j’ai parlé d’allaitement à la radio, invitée par Sud Radio à une émission sur l’alimentation des enfants, à réécouter ici. Evidemment, après que j’ai émis le souhait que toutes les femmes soient informées sur l’allaitement, et non celui que toutes les femmes allaitent « forcément », est tombée la remarque fatidique « nous voilà rassurés parce que parfois les femmes qui allaitent, elles militent, elles nous font culpabiliser ». Nous y voilà. Comment parler d’allaitement sans faire culpabiliser ? Comment parler de la norme biologique d’alimentation du bébé humain sans être taxé de militantisme ? Je vous assure que cela revient vraiment à apprendre à marcher sur des œufs sans les casser…

Quel que soit l’interlocuteur et l’objet de notre rencontre, il y a toujours un moment où je me demande comment vont être perçus mes propos, si je vais réussir à travailler ou non avec cette personne, si le dialogue va être possible : élu ou responsable de médiathèque, auquel je propose d’accueillir notre exposition photo sur l’allaitement, responsable service petite enfance ou professionnel de santé à qui je présente ma profession de Consultante en lactation IBCLC, ou encore personne inconnue qui me demande quel est mon travail. Ces dernières années mon discours est, me semble-t-il, de plus en plus simple et clair : à mon sens, il n’y a pas à être pour ou contre l’allaitement qui est l’alimentation normale du nourrisson, mais plutôt à avoir envie ou pas envie d’allaiter et que cette envie ou non-envie soit basée sur des informations justes et non sur des rumeurs sans fondement. C’est sincèrement ce dont je suis convaincue.

Pourtant, parfois, c’est fatigant d’être sur une sorte de « qui vive » permanent, de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer. Il y a des moments, où j’aurais envie de baisser les bras, ou plutôt, non, de lever le poing… j’aurais alors envie de m’exclamer « Réveillez-vous ! A l’heure où l’on parle de mal-bouffe, de problèmes de santé aux causes environnementales multi-factorielles, d’alimentation biologique, j’en passe et des meilleures, l’allaitement maternel est une véritable question de santé publique ! Un moyen simple de changer beaucoup de choses, pour peu qu’un minimum de soutien et d’attention lui soit accordé … ».

Seulement… à l’heure actuelle, en France, si l’on parle ainsi d’allaitement on a de forte chance de voir les portes se fermer. C’est récemment ce qui m’est arrivée : lorsque la responsable d’un lieu municipal d’accueil parents-enfants m’a dit « ici nous ne sommes ni pour ni contre l’allaitement » alors que je savais que les femmes allaitantes participant à des rencontres de parents devaient s’isoler pour ne pas allaiter devant les autres ; la neutralité affichée n’avait pour moi aucun lien avec la réalité et je n’ai pu m’empêcher de remettre en cause la manière d’agir, en étant consciente que c’était une erreur « stratégique » de ma part. Résultat : plus aucune chance pour moi d’intervenir d’une manière ou d’une autre dans cette ville… jusqu’au changement de responsable 😉

Peu importe en fait. Il y a tant à faire partout. Et j’ai encore appris de cette anecdote. L’allaitement n’a pas besoin d’être « défendu », il ne mérite pas un combat, une guerre, des militants. Il mérite bien plus : il mérite d’être vécu au jour le jour, de redevenir un acte banal et quotidien. Ce qui ne veut pas dire ne rien faire, ne plus en parler. Bien au contraire. Faire ce qui doit être fait, à la place que chacune, chacun, d’entre nous occupe, comme le dit si bien ma collègue Véronique Darmangeat dans son article que vous pouvez lire ici.

Alors mesdames qui allaitez, continuez à le faire partout, en toutes circonstances, sans, surtout, vous cacher de manière pudibonde voire honteuse, mais sans non plus dévoiler votre sein dans un souhait de provocation : cela donne matière à tous ceux qui pensent qu’ils doivent combattre l’allaitement…

Vivre simplement ce qui nous semble juste, en nous coupant du regard des autres, a pour moi beaucoup plus d’efficacité que de chercher à tout prix à imposer coûte que coûte son point de vue.

Je continue à rêver…

« Tu l’allaites encore ? !!! »

Je vais approximativement citer une phrase que j’apprécie particulièrement, et dont la maternité revient au Docteur Edwige Antier, pédiatre : « En France, quand une femme allaite à la naissance c’est une bonne mère, après 3 mois c’est une héroïne, après 6 mois, il faut qu’elle aille chez le psy. » Tout est dit. Pourquoi, bon sang, ne laisse-t-on pas vivre les femmes comme bon leur semble dans ce pays ?

christel&delphine_02Il y a quelques temps de cela, lorsque j’ai posté ici mon article adressé à Madame Badinter, je me suis vue reprendre, à juste titre, sur les préconisations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) telles que je les avais formulées. J’avais écrit « jusqu’aux 2 ans de l’enfant » alors que le texte exact est « jusqu’à l’âge de 2 ans, voire au-delà en fonction du souhait des mères. »

De nombreuses femmes disent « ne pas se sentir » d’allaiter un enfant qui marche. Elles en ont totalement le droit et nul n’a à juger le chemin choisi par chacune.

La seule question que l’on peut se poser serait, est-ce vraiment un ressenti qui leur appartient, ou un interdit posé par le regard de la société française sur l’allaitement d’un « grand » enfant ? (D’ailleurs à partir de quel âge un enfant devient-il « grand » ? Quand il tient assis ? Quand il a des dents ? Quand il marche ? Quand il mange toutes sortes d’aliments ?) Cela ne dérange personne de voir un bambin qui prend son biberon au petit-déjeuner ou au goûter, ou qui se promène à longueur de journée avec sa tétine en bouche (que ce soit celle du biberon ou de la sucette). C’est peut-être là qu’est le problème : associer le sein à une tétine, la femme à un objet. C’est bien mal connaître l’allaitement de bambin. On n’allaite pas un « grand » comme on allaite un nourrisson : les besoins de l’un et de l’autre diffèrent ; l’un doit se nourrir fréquemment, l’autre est dans la découverte à la maison, à la crèche, ou à l’école… Tout en continuant  d’apporter à ce dernier des éléments nutritifs adaptés, l’allaitement devient au fil du temps, de plus en plus, une forte source de réconfort et de réassurance.

Ne le nions pas, et c’est un bienfait, un lien particulier peut unir une maman et son enfant allaité. Mais est-ce forcément de l’ordre de la fusion « castratrice », « étouffante », « nocive » dès que l’enfant grandit, comme on peut souvent l’entendre dire ? J’ai vu et ai eu ( ! ) des bambins allaités qui sont partis à l’école sans sourciller dès le 1er jour ; d’autres qui ont eu plus de mal à s’adapter à la vie en collectivité. Pareil pour des bambins qui n’étaient plus allaités. Alors, serait-ce l’allaitement long l’unique responsable de tels comportements, ou bien simplement le caractère de chaque enfant, son histoire familiale, se manière propre de vivre tout changement ?

Une chose est certaine : je n’aurais jamais imaginé allaiter « un enfant qui marchait ». Je ne me voyais pas en « open bar » vers lequel trottinait bout d’chou pour se servir à volonté. Pourtant je l’ai fait. Bien au-delà du « raisonnable »… Mais à ma manière ; avec les limites qui me correspondaient et que j’ai posées à mes enfants. C’est cela que j’aimerai voir un jour en France : que chacune fasse EXACTEMENT ce qu’elle a envie de faire, en vivant son allaitement au jour le jour, et que tous trouvent cela normal.

Je continue à rêver…

« Allaiter son enfant = rester à la maison » ou quelques mots pour Mme Badinter

Vendredi 29 janvier 2016, publication d’une étude sur les bienfaits de l’allaitement dans « The Lancet », tous les médias français s’en font l’écho du Monde à L’Express en passant par Ouest-France, La Dépêche et France Inter. Sans jeu de mots idiot, je vous assure que je « buvais du petit lait » tellement ce qui est dit me fait du bien à entendre.

J’écoute France-Inter, l’émission La Tête au Carré. Interview du Dr Marie Thirion, que vous pouvez écouter ou réécouter ici (de la 31ème mn à la 40ème). Claire, précise, directe, elle conclut grosso modo en disant qu’en France, à l’heure actuelle, il est quasiment impossible aux femmes de suivre les recommandations de l’OMS, à savoir allaitement exclusif jusqu’à 6 mois puis en complément d’une alimentation solide jusqu’à 2 ans, étant donné la culture de l’allaitement inexistante dans notre société (voici toutes les femmes allaitantes hissées sur un piédestal, devenues des héroïnes, ce dont je suis de plus en plus convaincue…)

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Et puis voilà, comme nous sommes en France, que les féministes ont gagné de longue date (et tant mieux) la possibilité d’être sollicitées pour tout sujet en lien avec la femme, une intervention de Madame Elisabeth Badinter est diffusée au cours de l’interview. Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, voici ce qu’en dit Wikipédia : « Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt, est femme de lettres, philosophe, féministe et femme d’affaires française.   Elle est surtout connue pour ses réflexions philosophiques qui interrogent le féminisme et la place des femmes dans la société (…) »

Je vous laisse écouter sa prise de position sur le « modèle de la mère parfaite » et vous faire votre propre opinion sur celle-ci, mais ne peux laisser passer sans rien dire l’affirmation suivante : « Quand vous allaitez 24H/24H pendant 6 mois vous ne pouvez pas évidemment quitter votre maison. »

Il serait bon, Madame Badinter, que vous cessiez de penser que les mères actuelles sont les mêmes femmes que celles des années 60 ou 70 (rendons à César ce qui lui appartient : en grande partie grâce au formidable travail mené par vous et vos consoeurs féministes de l’époque qui a notamment permis aux femmes de se réapproprier leur corps…). Il serait bon que vous cessiez de parler d’un sujet que vous ne connaissez visiblement absolument pas. Il serait bon que vous cessiez de participer à véhiculer des mythes et des idées reçues sur l’allaitement maternel.

Les jeunes femmes qui décident d’allaiter aujourd’hui bougent, sortent, aiment, travaillent, bref VIVENT. Le ou les premiers mois (à elles de faire comme elles veulent) elles emmènent leur bébé partout ce qui ne me paraît pas « anormal », qu’il soit allaité ou non d’ailleurs. Peu à peu, chacun trouve ses marques et la vie se réorganise, à l’image de ce que chacune souhaite vivre. Pour peu que la société dans son ensemble leur en donne les moyens, parce que, décidément, 2,5 mois de congés maternité, qu’elle franche rigolade pour atteindre son équilibre ! Tenez voilà un point sur lequel nous pouvons tomber d’accord, Madame Badinter : 6 mois de congés maternité pour toutes les femmes, si, si, je vous ai entendu le dire. Voici un bon combat à mener. Et juste en suivant ce congé, la même chose pour les pères, comme les Suédois…

Pour conclure, et pour la petite histoire, une librairie toulousaine a refusé de vendre le livre que j’ai écris avec Laura Boil, photographe « A chacune son chemin pour un allaitement paisible » (éditions « Un autre reg’art »), par « militantisme féministe ». Je ne sais si la libraire avait pris le temps d’en feuilleter les pages, d’en regarder les photos : en aucun cas il n’est question d’un « retour de la femme au foyer », d’avantage d’un droit de la femme à allaiter, s’il elle veut, où elle veut, comme elle veut.

 

J’allaite ou j’allaite pas ?

Enceinte depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, notre tête fourmille de questions en tout genre. Celle-ci peut en faire partie. Ou pas.

Je m’explique. Soit pour nous l’allaitement s’impose comme une évidence parce que toutes les femmes de notre famille l’ont fait et que cela nous semble logique à l’issue de la grossesse ; ou bien parce que l’on s’est renseignée, on a lu, on en a parlé autour de nous et que la raison nous fait penser que « c’est le mieux pour le bébé » ; ou bien enfin parce c’est une évidence un point c’est tout pour une cause qui nous est totalement inconnue, peut-être par esprit de contradiction (c’est ce qui m’est arrivée alors que cela fait belle lurette qu’on n’allaite plus dans ma famille…) .

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Soit pour nous le « non-allaitement » est un fait indiscutable ; parce que notre entourage ne nous a rapporté que des mauvaises expériences, douloureuses, contraignantes et donc peu encourageantes ; parce que l’idée même d’utiliser notre corps pour cela nous répugne, on ne sait pas vraiment pourquoi, mais c’est comme ça ; parce que cela nous semble normal, plus facile, plus pratique. Bref, on donnera le biberon sans hésiter.

Et puis il y a toutes les femmes qui ne savent vraiment, vraiment pas que faire en la matière, et pour lesquelles cette question est permanente.

S’INFORMER

Que l’on soit dans une certitude totale quant à notre décision (envie ou pas envie) ou dans un brouillard des plus opaques, je ne peux qu’inviter chacune à S’INFORMER avant l’arrivée de bébé. S’informer cela ne veut pas dire seulement discuter avec la bonne copine, la mère ou la voisine, lire ce qu’en dit la presse « familiale », ou prendre pour argent comptant ce qui nous est dit à la maternité. Non, s’informer véritablement pour faire un choix véritablement éclairé c’est aller bien au-delà de tout ça. C’est lire des livres ou revues consacrés exclusivement à l’allaitement, écrit par des personnes formées à la question ; c’est participer, en dehors de toute structure médicale, à des rencontres de soutien de mères à mères pour y piocher ce qui nous convient, voir ce que vivent les autres, et nous faire ensuite notre propre idée ; c’est faire éventuellement appel à un professionnel de l’allaitement (IBCLC ou DU d’allaitement) pour avoir une personne ressource à contacter si besoin.

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Alors, il fait ses nuits ?

Elle résonne encore à vos oreilles cette petite phrase ?

De la grand-mère bien intentionnée au commerçant attentif, du collègue de travail railleur, à la bonne copine agacée de voir ses amis fatigués, tous l’ont à la bouche cette question qui nous mine. Faisons grâce à bébé de quelques semaines : elle commence souvent seulement aux alentours des 1 mois pour ne presque plus s’arrêter… Si bébé est au biberon on va chercher des causes multiples et variées : « il fait ses dents » ; « il a eu une journée agitée » ; « il a mal au ventre », etc.

Quand on allaite, je vous assure que c’est beaucoup plus simple : parce que s’il ne « les fait pas » ces satanées nuits, c’est bien évidemment de la faute de l’allaitement. Lait pas assez riche, mauvaises habitudes prises, trop de proximité, j’en passe et des meilleures, des fausses bonnes raisons d’accuser l’allaitement de nos nuits agitées.

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A tous je vais dire un truc : un enfant n’a le même rythme de sommeil qu’un adulte pas avant…, cela va dépendre, 4 ou 5 ans… C’est PHYSIOLOGIQUE. Il y aura bien sûr les exceptions qui confirmeront la règle et dormiront dès la maternité 5 heures d’affilé (ça c’est une nuit pour un nourrisson, pas pour ses parents 😉 Attention, bébé allaité qui fait ainsi sa nuit aussi vite peut ne pas se nourrir suffisamment. Vigilance absolue nécessaire !), ceux qui les feront à 2 ou 3 mois et puis… se réveilleront à nouveau 2 mois plus tard, ceux qui mettront longtemps, longtemps, trop longtemps pour leurs parents. Puis tous ceux qui ne cesseront de faire des allers retours entre des plages de sommeil courtes et longues.

Je ne cesserai de me répéter : nous sommes tous différents. Pour le sommeil c’est la même chose, il y a les gros et les petits dormeurs ; ceux qu’un vol de papillon réveillent et ceux qui « dorment comme un bébé »  (curieuse cette expression non ?) même à côté d’un marteau-piqueur.

Alors comment survivre me direz-vous ? Peut-être en imaginant des solutions transitoires qui permettent à tous d’avoir un temps de repos optimal : une chambre familiale par exemple, où grands et petits DORMENT ; un matelas posé au sol dans la chambre de l’enfant pour finir sa nuit avec lui, peut-être pendant qu’il joue de son côté (si si c’est possible, quand on est fatigué, fatigué, fatigué) ; des matelas de camping qui surgissent ponctuellement dans la chambre des parents pour les enfants plus grands ; ou encore un enfant qui va dormir (mieux) avec ses frères et sœurs plus grands. L’important c’est de dormir, peu importe où et comment car la fatigue est la source de toutes les tensions.

L’avantage avec l’allaitement (et oui, je ne peux parler ici que de ce que je connais…) c’est quand même que tout est en un et que tout est prêt immédiatement : lait à bonne température bien sûr, mais aussi réconfort et câlins (ne me faites pas dire ce que je ne pense pas une seconde : évidemment que réconfort et câlins sont possibles avec un biberon mais il faut avant s’être levé pour le préparer, il faut le tenir un minimum et puis… pour peu qu’il soit mal fermé…). Bref, j’ai même réussi à faire des « grasses » matinée avec des petits (heu… levée à 9h. 9h30, n’exagérons rien !) simplement en nous rendormant l’un contre l’autre.

Alors s’il vous plait cessez de vous dire que votre enfant n’est pas « dans la norme » ; cessez de penser que vous faites mal. Oui, oui et oui, un bébé c’est une merveilleuse aventure mais une merveilleuse aventure EPUISANTE. Je défie tous ceux qui ont été chercher le grand frisson à l’autre bout du monde, à un rythme effréné, dans des conditions extrêmes, de revenir indemnes du voyage dans la parentalité.

Partageons nos manières de vivre nos nuits avec (malgré ?) nos petits, pour que chacune, chacun, y puise des idées et trouve sa manière nocturne de se reposer…enfin.

PS désolée pour mon silence ces dernières semaines mais je parle beaucoup allaitement par ailleurs et le temps me manque : très bientôt des nouvelles à ce sujet. Merci.